• Les vaisseaux fantômes

    Surnaturel et fantastique

    Les vaisseaux fantômes

    Battant pavillon des Iles Cook, le MV Lyubov Orlova, un ancien paquebot de croisière décrépi a rompu, le 24 janvier 2013, le câble qui le reliait au remorqueur qui le conduisait de Terre-Neuve au Canada vers la République dominicaine où il devait être démantelé. Depuis, il dérive sans équipage et sans feux de route dans l'Atlantique Nord...

    Un nouveau vaisseau fantôme ?

    Le plus célèbre étant le "Hollandais volant", les vaisseaux qui apparaissent et disparaissent sans aucune vie à bord et d'une façon mystérieuse font l'objet de beaucoup de légendes... 

    LES VAISSEAUX FANTOMES

    Le Hollandais volant 

    Le Hollandais volant, parfois appelé dans le passé « Voltigeur hollandais », est le plus célèbre des vaisseaux fantômes. Il est également connu sous le nom allemand de Fliegender Holländer, ce dernier étant le titre original d'un opéra de Richard Wagner. Cette légende connaît une nouvelle jeunesse en étant reprise dans la saga cinématographique Pirates des Caraïbes.  

    « Les marins de toutes les nations croient à l'existence d'un bâtiment hollandais dont l'équipage est condamné par la justice divine, pour crime de pirateries et de cruautés abominables, à errer sur les mers jusqu'à la fin des siècles. On considère sa rencontre comme un funeste présage. »

    Il est souvent très difficile de remonter aux faits qui sont à l'origine d'une légende. Dans le cas du Hollandais volant, il pourrait s'agir des exploits d'un capitaine hollandais au cours du xviie siècle nommé Bernard (ou Barend) Fokke. Employé par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, il était connu pour effectuer, avec une rapidité surprenante pour l'époque, les trajets entre l'Europe et l'Asie : seulement trois mois et quatre jours en 1678, pour rejoindre l'île de Java en partant des Provinces-Unies. La rumeur attribua ces performances inhabituelles (il « volait »sur l'eau) à l'assistance du diable qui aurait logé à son bord sous la forme d'un caniche noir géant. En outre Fokke était, paraît-il, extrêmement laid, ce qui ajoutait à la crédibilité d'un pacte diabolique. Lors d'une expédition, il disparut avec son bâtiment sans laisser de traces et, quand la légende du fameux Hollandais volant se développa, on lui en attribua le commandement. Selon d'autres sources, le capitaine s'appellerait Van der Decken, avec une orthographe et un prénom variant suivant les versions. En fait, nul ne semble savoir exactement où et quand la légende naquit, mais ses racines sont sûrement fort anciennes.

    La légende

    Elle peut être résumée de la façon suivante :

    Un navire hollandais est pris dans une violente tempête alors qu'il tente de franchir le cap de Bonne-Espérance. L'équipage supplie le capitaine de chercher un abri mais il refuse et s'enferme dans sa cabine pour fumer et boire. La tempête s'aggravant encore, le capitaine défie le ciel de couler le navire. Une forme lumineuse se matérialise à bord du bâtiment devant l'équipage terrorisé. Le capitaine injurie alors l'apparition, braque sur elle un pistolet et tire, mais l'arme lui explose dans la main. Une voix s'élève alors pour lui déclarer : « Puisqu'il te plaît tant de tourmenter les marins, tu les tourmenteras, car tu seras le mauvais esprit de la mer. Ton navire apportera l'infortune à ceux qui le verront. ». Cette légende inspira, en 1834, une nouvelle au poète allemand Heinrich Heine : les Mémoires de Monsieur de Schnabelewopski qui, mêlée à d'autres éléments de la légende, servit de thème au livret de l'opéra de Richard Wagner créé en 1843.

    Autres versions de la légende

    Il existe un grand nombre de versions de cette légende, chacune comportant des variantes. Il reste toutefois deux constantes : le navire est hollandais et les événements (comme d'ailleurs la plupart des apparitions futures) se déroulent aux alentours du cap de Bonne-Espérance. Un très grand navire serait parti, en 1680, du port d'Amsterdam à destination de Batavia (l'actuelle Jakarta), commandé par un capitaine peu honnête qui profitait du voyage pour faire de la contrebande. Le navire fut intercepté par le diable au cours d'une terrible tempête et sombra avec ses marchandises et tout son équipage. Toutefois le navire réapparut ensuite, piloté par les fantômes de son équipage. Dans une autre version, le capitaine fut maudit pour avoir appareillé un vendredi saint. Ou encore le capitaine de cebrick fut assassiné par son équipage qu'il parvint à maudire avant de mourir. Peu de temps après, la peste se déclara à bord et le navire fut rejeté de tous les ports où il tenta d'accoster, par peur de la contagion. Il commença alors à errer sans fin sur les mers. C'est aussi parfois des actes de piraterie et de cruauté de l'équipage qui sont la cause de sa malédiction.

     

    Apparition du Hollandais volant.

    En 1839, l'écrivain Frederick Marryat, lui-même ancien marin, a publié un long roman ayant pour titre « The Phantom Ship ». Le héros principal, Philippe Vanderdecken, homonyme du capitaine du navire maudit, embarque en tant qu'officier à bord du Ter Schilling. Lorsque le navire approche du Cap de Bonne-Espérance, il fait une sinistre rencontre :

    « A environ trois milles de distance, au centre de cette lueur, qui s'étendait à environ quinze degrés au-dessus de l'horizon, était un grand vaisseau qui semblait lutter contre un ouragan violent, quoi qu'il fît un calme plat. Il plongeait et s'élevait sur une eau parfaitement tranquille : tantôt disparaissant sous les flots, tantôt se remontrant à la surface. Sa grand voile et ses huniers étaient serrés, et il ne portait que sa misaine dont les ris étaient pris, une voile d'étais et une voile de senau sur son arrière. Ce bâtiment semblait poussé par la force du vent vers le Ter Schilling. À chaque instant on le distinguait mieux. Enfin on le vit virer de bord ; et pendant cette manœuvre il était à si peu de distance qu'on aurait pu compter les hommes sur le pont. Mais à ce moment une obscurité soudaine l'enveloppa, et on ne le revit plus. »

    Avec la publication de ce roman, la légende du brick maudit, qui était déjà colportée dans tous les ports depuis au moins deux siècles, prit un essor si considérable qu'elle devint l'un des thèmes classiques de la littérature maritime.

    Témoignage princier

    Le jeune duc d'York, futur roi d'Angleterre sous le nom de George V, a servi dans la marine britannique jusqu'en 1891. Lors de l'un de ses nombreux voyages il s'est trouvé, en compagnie de son frère le prince Albert Victor, à bord du navire-école La Bacchante qui faisait route vers Sydney en Australie. Le 11 juillet 1881, alors que le bateau naviguait dans les eaux australiennes, il eut la vision d'un vaisseau fantôme identifié comme étant le Hollandais volant. Il nota dans son carnet de route : « Au milieu d'une lumière rouge, on distingua nettement les mâts, les vergues et les voiles d'un brick à environ deux cents yards (soit environ 180 mètres) par bâbord avant. Le veilleur d'étrave signala le navire très proche et l'officier de quart le vit aussi, clairement, de la passerelle. Le midshipman de service l'aperçut également et fut envoyé sur le gaillard d'avant, mais, quand il y arriva, il ne put voir aucun signe de bateau matérialisé. La nuit était claire, la mer calme. Treize personnes au total ne pouvaient nier l'avoir vu. » Par ailleurs, le matelot de vigie qui était en haut du grand mât tomba et se tua sur le coup. La mort accidentelle d'un membre d'équipage pouvant être embarrassante pour le capitaine, l'écrivain Xavier Yvanoff suggère qu'en fait, cette brève apparition était aussi une justification providentielle de ce dramatique accident.

    Un vaisseau fantôme est un navire maudit qui, selon une légende, est condamné à errer sur les océans, conduit par un équipage de squelettes et de fantômes, tel le légendaire Hollandais volant. Il peut aussi s'agir de l'apparition spectrale d'un navire disparu ou naufragé dans des circonstances particulièrement tragiques.

    Par extension, en référence à ces légendes, on donne également le nom de vaisseaux fantômes aux épaves retrouvées en mer avec leur équipage mort ou disparu, parfois inexplicablement, dont le plus célèbre exemple est le "Mary Celeste". voir : l'article

    Quoi qu'il en soit,  les légende cachent toujours une part de réalité. Certains ont même émis l'hypothèse d'un objet volant non identifié qui aurait été pris pour un vaisseau fantôme...

    Le mystère reste...

    LES VAISSEAUX FANTOMES

    (vue d'artiste : les vaisseaux fantômes auraient pu être des ovnis ? - Les émanants)

    Les vaisseaux fantômes légendaires

    Le vaisseau fantôme de la Baie des Chaleurs

    La baie des Chaleurs est un bras du golfe du Saint-Laurent au Canada. Au xviiie siècle, lorsqu'un navire voulait entrer dans la baie, pour venir commercer avec un des nombreux villages indiens, il hissait un drapeau pour demander la venue d'un pilote pour le guider. Il s'agissait généralement de pirates, dont un des plus célèbres était le capitaine Craig. Cette assistance était indispensable autant pour entrer que pour ressortir de la baie.

    Un jour où le capitaine Craig avait demandé l'assistance d'un pilote pour guider sa sortie, celui-ci, une fois à bord entendit des cris. Sous la menace d'être balancé à la mer par le pilote doté d'une carrure impressionnante, le pirate accepta de jeter l'ancre. Le pilote découvrit alors deux jeunes indiennes qui avaient été enlevées et qu'il s'empressa de libérer et ramener à terre. Une fois hors de danger, elles conjurèrent leur sauveteur de ne pas retourner sur le navire parce qu'elles pressentaient une catastrophe. Peu crédule, le pilote retourna à bord, mais une vague projeta effectivement le bateau sur les rochers. L'équipage fut tué sur le coup, Craig et son premier lieutenant se noyèrent, seul le pilote en réchappa. Le soir même, par un temps calme mais orageux, des témoins virent glisser sur la baie une boule de feu qui prit la forme du navire de Craig. Le même phénomène se serait reproduit à plusieurs reprises, mais toujours par un temps identique.

    Carte de la Baie des Chaleurs

    Le spectre du Saguenay 

    La rivière Saguenay

    Certains vaisseaux fantômes s'aventurent sur les rivières. Ainsi une ancienne légende québécoise concerne l'âme en peine du seigneur de Roberval, premier vice-roi du Québec, qui naviguerait la nuit sur la rivière Saguenay, un affluent du fleuve Saint-Laurent au Québec. Roberval est supposé avoir disparu avec son bateau en partant à la recherche du mythique royaume de Saguenay. Cependant, il revint vivant de son exploration et mourut à Paris en 1560.

    « Cent ans après, les pêcheurs du Saint-Laurent racontaient encore en se signant que, chaque année, au fort des tempêtes de l’équinoxe, on pouvait voir, glissant silencieusement toutes voiles dehors, sur les flots du Saguenay, le navire sur lequel était parti Roberval et, à la barre du vaisseau fantôme, la haute stature de Roberval immobile. »

    Le Caleuche

    Le Caleuche est un vaisseau fantôme appartenant au folklore de l'archipel des îles Chiloé au Chili. Son apparence la plus fréquente est celle d'un grand bateau blanc illuminé d'où proviennent les échos d'une musique de fête et qui peut disparaître rapidement sous les eaux. Selon la légende, il s'agirait de la dernière demeure des personnes noyées en mer. Une de ses caractéristiques est de changer continuellement d'aspect, ce qui lui a valu son nom, Caleuche venant de Kaleuntun en Mapudungun, qui signifie se transformer, changer de peau. Il est parfois considéré comme un repaire pour les sorciers et les démons locaux. Sa rencontre en mer est interprétée comme un très mauvais présage.

    Il n'existe aucun accord sur l'origine de cette légende. Il pourrait s'agir d'une adaptation locale des croyances européennes concernant les barques des morts, les vaisseaux fantômes et le célèbre Hollandais volant. Toutefois, il pourrait tout aussi s'agir d'élucubrations à partir de faits réels tels que la disparition du navire hollandais « Calanche », de l'occupation temporaire de l'île par le corsaire hollandais Baltazar de Cordes ou d'une pure invention destinée à masquer des opérations de contrebande.

    Le Princess Augusta 

    Les falaises de Block Island

    Le Princess Augusta est un navire dont deux voyages sont connus, de Rotterdam vers Philadelphie, réalisés en 1736 et 1738. Les passagers d'origine germanique qu'il transportait étaient supposés venir du Palatinat et appelés « Palatines » par les autorités anglaises de la colonie de Pennsylvanie.

    En 1738, son dernier voyage s'est terminé tragiquement par un naufrage au large de l'île américaine de Block Island, près de New York. Il existe deux versions des raisons de ce sinistre. La première relate que le capitaine Andrew Brook, inexpérimenté, aurait égaré son navire, que l'équipage aurait racketté les passagers, des querelles s'en seraient suivies et le naufrage aurait eu lieu au cours d'une violente tempête. La seconde version est que les habitants de l'île auraient allumé des feux pour tromper le capitaine et provoquer le naufrage. C'est cette dernière hypothèse qui a inspiré à John Greenleaf Whittier un poème intitulé The Palatine. Le Princess Augusta est devenu ensuite un vaisseau fantôme célèbre aux États-Unis, qui pourrait vu apparaissant en feu entre Noël et jour de l'an, ou avant une tempête. En 1879, un vieil habitant de l'île nommé Benjamin Corydon, prétendit avoir vu huit ou neuf fois son apparition. La dernière daterait de 1969.

    Le Yarmouth

    Le Yarmouth était un deux-mâts carré de 200 tonnes, construit en 1811 dans la ville éponyme de Yarmouth en Nouvelle-Écosse au Canada. En 1812, son premier voyage était destiné à livrer une cargaison de poisson salé et de bois de charpente aux Antilles. 

    Le port d'Yarmouth en 1913

    Il avait à son bord, outre Randall McDonald le propriétaire, son épouse Rebecca et neuf hommes d'équipage. Une lettre expédiée des Antilles informe qu'il était arrivé à bon port et serait de retour quelques semaines plus tard. Il a été vainement attendu et il devint évident que le Yarmouth avait disparu en mer pendant son trajet de retour.

    Lorsqu'un an plus tard, des témoins stupéfaits virent arriver le bateau toutes voiles dehors dans le port, abaisser son mat et jeter l'ancre. Ne voyant personne se manifester à son bord pour descendre à terre, quelques hommes s'approchèrent avec une barque. Ils racontèrent avoir entendu le capitaine McDonald leur crier de rester à distance, puis le bateau disparut brusquement, les laissant totalement abasourdis. L'année suivante, à la même période, un scénario identique se répéta, et il en fut de même pendant 60 ans, l'apparition devenant de plus en plus faible, jusqu'à finalement disparaître totalement en 1872.

    La vision de l'Inconstant 

    Apparition d'un vaisseau fantôme

    Vers quatre heures du matin, le 11 juillet 1861, par beau temps, le HMS Inconstant de la Royal Navy naviguait dans l'océan Pacifique lorsque l'officier de quart vit brusquement un voilier à deux mâts enveloppé d'un nuage luminescent surgir brusquement, lui couper la route, passer à environ 200 mètres sur bâbord puis disparaître. En quelques instants il ne resta plus de l'étrange vaisseau qu'une faible lueur à l'horizon. L'événement fut consigné dans le livre de bord.

    Le Tricoleur
    « Le 5 janvier 1937, vers 17 heures, le Khosron voguait prudemment sous une pluie battante, actionnant sa sirène toutes les deux minutes. Soudain, le son d'une autre sirène se fit entendre. Le capitaine fit aussitôt stopper les machines. Brusquement, la forme imprécise d'un navire surgit à bâbord et passa à moins de deux cents mètres. L'équipage put distinctement lire son nom : Tricoleur. Quelques minutes plus tard, la pluie cessa et la vue porta à sept milles. Étant donné leurs vitesses relatives, les deux navires ne pouvaient être éloignés de plus de trois milles. Pourtant, le Tricoleur avait disparu. Robinson, qui venait de faire le point, emmena alors le capitaine dans la chambre des cartes. À l'endroit où les navires s'étaient croisés, la carte indiquait : « M.S. Tricoleur, a explosé et coulé en ce point le 5 janvier 1931, à 17 heures. »

    LES VAISSEAUX FANTOMES

    Hypothèses sur les origines des légendes

    Plusieurs hypothèses ont été avancées pour tenter de donner une explication rationnelle aux phénomènes ayant donné naissance aux diverses légendes.

    Mirage

    L'hypothèse généralement acceptée pour expliquer l'apparition et la disparition soudaine de navires est celle d'un mirage froid, également appelé « mirage supérieur », phénomène résultant de la réfraction atmosphérique à travers des couches d'air de températures différentes, de l'image d'un bateau situé à une distance variable, parfois au-delà de l'horizon. 

    Feu de Saint-Elme
     
    La découverte du Marlborough

    La luminosité de certaines apparitions pourrait s'expliquer par le phénomène du Feu de Saint-Elme, c'est-à-dire la luminosité, provoquée par une forte charge électrostatique telle que produite par un orage, apparaissant de nuit aux extrémités de la mâture d'un navire. Toutefois cette hypothèse implique la présence réelle d'un bateau.

        

    Gaz inflammables

    Une autre théorie voudrait que le navire de feu ne serait qu’une boule de gaz inflammable possiblement émise d’une faille sous-marine.

    Bioluminescence

    Une troisième possibilité est que l’illusion du navire de feu serait créée par une forme de vie marine phosphorescente.

    Méprise

    Il peut également parfois s'agir de simples méprises. En 1907, l'information suivante a été publiée :

    « L'énigme du vaisseau fantôme, près du cap Horn, qui a si souvent épouvanté les marins et qui a été la cause de la perdition de bien des équipages, vient d'être résolue par le bureau hydrographique des États-Unis. Des navires qui passaient par le cap Horn, pour se rendre d'Europe dans les ports de l'Amérique occidentale, ont vu leurs équipages souvent saisis par le spectacle d'un navire naufragé battu par les vagues. Le navire italien Couronne d'Italie essaya de porter secours au navire naufragé et manqua se perdre sur les rochers. Tout récemment, les officiers de la barque norvégienne Serbia donnèrent des détails sur ce vaisseau fantôme, toujours immuable, et leur description concordait entièrement avec celle des officiers italiens. Ceci décida le gouvernement des États-Unis à approfondir le mystère. La commission du bureau hydrographique découvrit un rocher qui, éclairé d'une certaine façon, ressemble d'une manière frappante à un navire. »

    Réalité terrifiante

    La découverte de certaines épaves réelles, dans des circonstances particulièrement lugubres, peut avoir marqué durablement les esprits et contribué à la légende de bateaux conduits par des équipages de fantômes et de squelettes. Une telle sinistre rencontre s'est déroulée en 1913. Le Marlborough, un trois-mâts à coque en fer, long de70 m, avait été lancé à Glasgow en 1876 et était devenu la propriété de la Shaw, Saville & Albion Company. Il était armé par un équipage de 29 hommes commandé jusqu'en 1883 par le capitaine Anderson, puis par le capitaine Herd. Entre 1876 et 1890, le Marlborough avait assuré avec succès quatorze traversées d'immigrés entre Londres et laNouvelle-Zélande. Chargé d'une cargaison de viande congelée et de laine, il partit de Lyttelton en Nouvelle-Zélande le11 janvier 1890, et a été vu pour la dernière fois le 13 janvier, avant de disparaitre sans laisser de traces. Il a été retrouvé 23 ans plus tard, en 1913, intégralement recouvert de moisissure verte, dans des circonstances particulièrement tragiques :

    « Un navire anglais se rendant à Lyttleton a fait, à Punta Arenas (près du cap Horn) une découverte macabre. Il a aperçu un navire qui semblait désemparé. Aucune réponse n'étant fait à ses signaux il s'est approché ; des matelots ont pénétré à bord de ce navire. Ils y ont trouvé vingt squelettes humains. Le bateau portait le nom de Marlborough, du port de Glasgow. Or, en 1890, un voilier de ce nom qui se rendait au Chili fut aperçu, pour la dernière fois auprès du détroit de Magellan, puis on demeura sans aucune nouvelle de lui et il fut classé comme perdu. »

    Des épaves dérivantes

     
    Abandon d'un navire en perdition

    À partir du xviiie siècle, de nombreux navires furent abandonnés en haute mer par leur équipage pour diverses raisons :

    « Ou bien le navire coulait bas envahi par l'eau et, après abandon, il a continué à flotter entre deux eaux : ou bien, il a été incendié, son équipage s'est enfui épouvanté, et le feu s'est arrêté lorsque l'eau est arrivée au niveau du pont. Parfois, à n'en pas douter, et le cas est heureusement rare, le choléra, la peste ou toute autre maladie ont fait périr tout le monde à bord : voila donc le navire qui continue sa route, encore gréé, au hasard, dangereux à aborder à tous points de vue. »

    Bien qu'étant redoutablement réels, se crée l'habitude de les qualifier de « vaisseaux fantômes » en référence aux diverses légendes. À la fin du xixe siècle, le bureau hydrographique de Washington, aux États-Unis, a créé un service spécial chargé de recenser ces épaves errantes. Selon cet organisme, il y avait à cette époque une vingtaine d'épaves à flot en permanence sur les grandes routes maritimes de l'Atlantique nord, occasionnant environ 230 rencontres à hauts risques chaque année. La situation empira ensuite à tel point que l'administration américaine construisit l'USCGC Seneca (1908) (en), un navire spécifiquement destiné à les couler à l'aide d'explosifs :

    « Scientific American nous dit que les États-Unis viennent de mettre en service, pour la protection de leur côte atlantique contre les épaves flottantes, le navire spécial destructeur d'épaves Seneca. Le Seneca a son champ d'opérations limité en latitude par les parallèles de l'île des Sables et des Bermudes. Muni de la télégraphie sans fil, il est immédiatement prévenu soit d'un naufrage en tel ou tel point, soit de la rencontre par un navire d'une de ces dangereuses épaves, navire abandonné par son équipage, mature coupée avec son gréement, ou navire flottant entre deux eaux, qui ont si souvent joué le terrible rôle de « vaisseau-fantôme ».

    Le Baychimo (1931)

     
    Le Baychimo pris dans les glaces de la banquise

    Le Baychimo, surnommé le bateau-fantôme de l'Arctique entre dans la catégorie des vaisseaux fantômes par la durée exceptionnelle de sa survie, bien que les circonstances de son abandon soient parfaitement connues. C'était un cargo à vapeur en acier, construit en Suède en 1914, long de 70 mètres et pesant 1 300 tonnes. Il appartenait à laCompagnie de la Baie d'Hudson et était affecté au transport des fourrures le long de l'île Victoria et de la côte nord-ouest du Canada, au-delà du cercle Arctique. Le 1er octobre 1931, il fut pris une première fois dans les glaces de labanquise puis, après quelques péripéties, définitivement abandonné le 24 novembre 1931. L'opinion générale était qu'il allait rapidement couler et disparaitre, mais il n'en fut rien. Quelques mois plus tard, il fut aperçu à 300 milles à l'est de sa dernière position connue. Il a ensuite été revu à de nombreuses reprises et, pour la dernière fois, par un groupe d'Inuits en 1969, soit 38 ans après son abandon. Il était alors prisonnier de la banquise de la mer de Beaufort. Il n'existe plus d'informations à son sujet depuis cette date et il est présumé avoir finalement coulé. En 2006, le gouvernement de l'Alaska a lancé un projet pour retrouver le Baychimo, qu'il soit à flot ou au fond des mers.

    Le MV Lyubov Orlova (2013)

    Les épaves dérivantes peuvent parfois redevenir problème d'actualité. Battant pavillon des Iles Cook, le MV Lyubov Orlova, un ancien paquebot de croisière décrépi a rompu, le 24 janvier 2013, le câble qui le reliait au remorqueur qui le conduisait de Terre-Neuve au Canada vers la République dominicaine où il devait être démantelé. Depuis, il dérive sans équipage et sans feux de route dans l'Atlantique Nord, un vide juridique ne permettant pas d'intervenir tant qu'il se trouve en Haute mer. Sa dernière localisation précise, à 1 300 milles des côtes irlandaises, remonte au 23 février 2013, date à laquelle une de ses balises de détresse s'est déclenchée automatiquement, peut-être à la suite de son naufrage. Le 23 janvier 2014, une rumeur sans fondement reprise dans les médias a fait croire que le navire, infesté de rats, menaçait de s'échouer sur les côtes britanniques. L'information a été démentie par les garde-côtes.

    Les disparitions d'équipages

    Dans la plupart des cas de bateaux abandonnés, tout ou une partie de l'équipage a heureusement réussi à échapper au sinistre ayant provoqué cet abandon. Leurs récits permettent d'en connaître les motifs. Mais, pour quelques navires, les causes et les modalités de cet abandon restent une énigme, laissant la porte ouverte à de multiples hypothèses, y compris les plus excentriques.


    Le J. C. Cousins (1883)

     
    L'embouchure de la Columbia

    La goélette J. C. Cousins était un luxueux yacht de 49 tonnes, long de 20 mètres, construit à San-Francisco en 1863. Après divers emplois, le navire avait été acheté pour être utilisé comme bateau-pilote à Astoria (Oregon), à l'embouchure de la Columbia. Le soir du 6 octobre 1883, la goélette avait appareillé vers l'est d'Astoria pour aller prendre son poste en mer, afin de pouvoir guider les navires devant éviter les bancs de sable à l'embouchure du fleuve. Son équipage de quatre marins fraîchement recrutés, sans fauteur de troubles connu, était sous le commandement du capitaine Joshua Zeiber. Une fois parvenu au milieu de la rivière, le capitaine avait noté dans le livre de bord, outre sa position et l'heure, que « tout allait bien à bord ».

    Le lendemain matin, 7 octobre 1883, il faisait un temps clair et un vent léger. Très tôt le navire avait été observé virant à trois miles au large, en direction de Clatstop Spit, près d'Ilwaco, dans l'État de Washington. Brusquement, vers 13 heures, suite à un changement de vent, le navire a brusquement pivoté sur lui-même et s'est dirigé, toutes voiles dehors, droit sur la côte, pour finalement s'échouer brutalement sur un banc de sable. Les témoins se sont immédiatement précipité à son secours et ont découvert, une fois montés à bord, une situation incompréhensible : le navire avait été manifestement abandonné avec précipitation. Il y restait un repas intact servi sur la table du carré et, dans la cuisine, des pommes de terres cuisaient dans un casserole, sur une cuisinière encore chaude. Dans le poste d'équipage, tous les effets des marins étaient proprement pendus. Il n'y avait pas la moindre trace de lutte ou de désordre. Dans la cabine du capitaine un revolver Coltétait rangé avec ses six balles de calibre .45 dans le barillet. Le canot du bord était arrimé à son poste et, sur le pont près du grand mât, une caisse contenant une pile de bouées de sauvetage en liège était intacte. Aucun corps n'a été repêché et, à terre ou en mer, il n'y avait la moindre trace de l'équipage. Une commission d'enquête a exploré en vain toutes les hypothèses possibles mais le mystère n'a jamais été éclairci. Le navire a finalement été remorqué, puis vendu aux enchères.

     
    Le Caroll A. Deering échoué fin janvier 1921. Cliché des gardes-côtes américains

    Le Caroll A. Deering (1921)

    Le schooner à cinq mâts Caroll A. Deering a été retrouvé le 31 janvier 1921 échoué toutes voiles dehors sur deshauts-fonds au large du cap Hatteras, sur la côte est des États-Unis. Un repas était en préparation mais, à l'exception de deux chats, il n'y avait plus âme qui vive à bord. La plupart des effets personnels avaient disparu et divers indices laissaient à penser que son commandant, le capitaine Willis Wormell, avait été remplacé avant le naufrage. On ne retrouva aucune trace des membres de l'équipage et le mystère ne fut jamais éclairci.

    (source : wikipedia

     
     
     
     

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