• Mystères des temples égyptiens

    Lieux énigmatiques

    Mystères des temples Egyptiens

    Texte d’après Le Livre des Morts Egyptien

     (P. Bancourt – Ed. Dangles) 

    Pour résumer son objectif, on peut dire qu’il s’agit d’un mûrissement accéléré de l’être produit au moyen d’une « technique spirituelle ». Mais cette technique, qui ne fonctionne pas pour tout le monde, ne dispense pas le candidat de fournir un effort et n’opère pas sans risque ni danger. Menée en plusieurs étapes, l’initiation réussie devait aboutir à une véritable mutation de l’être, dont l’expression a été transmise dans le langage théologique par les termes de « salut », de « délivrance », de « libération » et  « d’immortalité ».

    L’organisme humain était considéré comme un réseau de fonctions vitales dont la santé dépendait de la bonne distribution et de la circulation des énergies. Le prêtre médecin égyptien traitait l’organisme malade en lui insufflant les éléments porteurs de dynamisme. Les plantes médicinales étaient très utilisées à cet effet. Naturellement, la science appliquée au rétablissement de l’harmonie du corps nécessitait une excellente connaissance des propriétés de la plante, ainsi qu’une appréciation exacte du déséquilibre constaté et de la dose à prescrire.

    L’Occident moderne ne connaît pratiquement rien des procédés susceptibles de réaliser l’accomplissement de l’être, alors que l’exploration intérieure occupa l’essentiel du génie égyptien, dont les représentants élaborèrent une véritable technique de transmutation de la conscience dans ces laboratoires que furent les pyramides, les temples et leurs cryptes. 

    L’initiation dite royale, évoquée dans les légendes de chevalerie du Moyen-Age chrétien, reprendra le symbolisme des combats que l’initié égyptien livre dans le royaume des morts.

    L’alchimie, autre héritière de l’ésotérisme égyptien, ne se comprend que comme une discipline initiatique. La transmutation de la matière s’entend au sens spirituel et commence par celle de la matière psychique. Comme discipline opératoire, l’alchimie se donnait pour objet la transformation de la nature, comme celle de l’âme humaine, par la réalisation de leurs potentialités latentes.

    Les racines de la culture occidentale, au-delà des trois principales sources de son intellectualité que sont la Grèce, Israël et le monde arabe, remontent à l’Egypte ancienne, inspiratrice de ces divers courants. Les religions juives, chrétiennes et musulmanes tiennent d’elle leur origine puisque le Sépher de Moïse, contenant les mystères Egyptiens leur sert de base. Bien que la tradition hébraïque soit d’origine abrahamique, c’est à dire Chaldéenne, la marque déterminante de Moïse l’a incontestablement façonnée par l’apport égyptien. Philon, St-Clément et les Actes des Apôtres ont affirmé que Moïse a été instruit dans les sciences Egyptiennes, qu’il fut l’un des leurs. Manéthon, prêtre égyptien, précise qu’il était prêtre d’Osiris ou d’Amon-Râ. Les « Proverbes de Salomon » empruntent beaucoup à « La Sagesse d’Aménémopé ».

    Le régime politique de l’Egypte ancienne peut être qualifié au choix de théocratie, de synarchie ou de monarchie sacralisée.

    Les enseignements que donnent les textes éducatifs égyptiens appelés « Livres de Sagesse » insistent sur la charité et le respect du prochain. Avant le Christ, l’Egypte connut la révélation d’Osiris qui vécut, souffrit et mourut de mort violente avant de devenir le juge et le sauveur des âmes de l’autre monde.

    1)       « Les Préceptes de Ptahhotep », vizir du Roi Isesi (env. 2560-2420 av. JC), destiné à l’éducation de son fils.

    2)       « L’enseignement de Mérikarê » qu’un roi composa pour son fils vers 2120-2070 av. JC, est un traité où il recommande la bienveillance envers autrui.

    3)       « Le Texte des Sagesses d’Aménémopé » ( vers 1400 av. JC) adressés à son fils… 

    L’action éducatrice du corps sacerdotal, tout en spiritualisant le travail et les activités matérielles, éleva la mentalité du peuple et orienta son intérêt vers la question de l’éternité. Ainsi éduquée, l’Egypte devint le phare du monde.

     « Le Livre des Morts » Egyptien  n’était pas un rituel mortuaire. Les textes funéraires transmettent un enseignement destiné aux vivants, afin qu’ils se préparent à entrer en contact avec les plans d’existence supérieurs.

    A la différence du Bardo Thödol, (Le livre des Morts Tibétains), Le Livre des Morts Egyptien ne traite pas de la cessation de la vie physique, mais de la régénération de l’âme. Les Egyptiens l’appelaient « Per horou », « Sortie à la lumière du jour », pour signifier l’accès à la sagesse identique à la « claire lumière » du Livre des Morts Tibétains. C’est un ancien bréviaire d’initiation aux mystères, destiné à l’homme, de son vivant. (Les Textes des Sarcophages », « Les Textes des Pyramides »). 

    Imakhou signifie : « Initié »

    Maatkhérou signifie « Justifié » 

    Maât est la Thémis GrecqueNout est identifiée par Plutarque à Rhéa

    Les grades :

    -         1 – Maître du Mystère

    -         2 – Grand des Voyants (Grand Prêtre d’Héliopolis (Our-Maou : our (Grand) maa (voir)). 

    Les profanes – Les postulants – Les justifiés.

    Le Pr Max Guilmot, en s’appuyant sur une étude du papyrus de Leyde, a distingué trois phases essentielles :

    -         La justification – (L’œuvre au noir) –Saturne (maîtrise de l’âme animale)

    -         La régénération – (L’œuvre au blanc) – La Lune

    -         L’illumination – (L’œuvre au rouge) – Le Soleil 

    On peut ajouter à ces trois couleurs, la couleur Verte ; qui suit la Noire et précède la Blanche, évoque l’étape de l’âme végétale en l’homme (la forêt magique des contes), dont la découverte succède à la maîtrise de l’âme animale. 

    On peut donner au mot « mort » le sens « d’initié », l’initiation consistant en effet à mourir à son moi terrestre pour connaître l’homme véritable. Ce recueil est le travail collectif du corps sacerdotal égyptien. Les « Esprits divins » qui soutiennent l’adepte et guident sa progression désignent les hiérophantes, prêtre initiateurs et maîtres des mystères. 

    Ce n’est qu’à partir du moment où la chaîne de transmission, qui doit normalement passer d’un maître qualifié à un disciple, menace de se rompre à plus ou moins long terme que l’on envisage de conserver l’enseignement par écrit. Par ce moyen, on se ménage une possibilité de transmettre le message à l’avenir, au bénéfice des individus qui seraient aptes à le comprendre. De la même façon, les représentants d’une tradition sur le point de s’éteindre peuvent confier certaines données ésotériques à la mémoire collective. 

    A l’origine, le mot « initiation » signifiait « pénétrer », « être admis » sur la voie de la réalisation spirituelle, parmi les êtres qui s’y trouvent déjà. L’initiation se donnait pour objectif de métamorphoser une conscience individuelle en opérant sur elle, au moyen d’une technique spirituelle éprouvée, un véritable changement de niveau. Mircea Eliade la définissait comme « une mutation ontologique du régime existentiel », dont la nature d’un être humain devait sortir totalement transformée. 

    Le résultat de ce long apprentissage se traduisait extérieurement par cette expression de calme profond que rendent si bien les portraits égyptiens. L’apparente quiétude intérieure, notamment des prêtres, indiquait une grande maîtrise de soi, une stabilité mentale et une solidité psychologique. Dans l’organisation sociale du pays, les hommes sélectionnés par l’initiation étaient, selon leur niveau, reconnus aptes à l’exercice des fonctions sacerdotales ou civiles, et ce pour le plus grand bien de la société. Propagée en Grèce par des Grecs initiés en Egypte, l’initiation y a reçu le nom de « mystères ».

    Aristote a dit qu’on n’allait pas aux mystères pour étudier, mais pour y vivre une expérience profonde. Jamblique  disait : « c’est la force inexplicable des symboles qui donnera l’intelligence des choses divines ». 

    La connaissance transmise par l’initiation ne s’acquiert pas par un enseignement scolaire, mais par une pénétration en profondeur vers le centre de son être propre, la correspondance qui existe entre l’intérieur de l’être et la vie universelle donnant l’accès à la connaissance totale. Cette connaissance se révèle à mesure que l’on s’approche du principe qui est à la racine de l’univers. Or, l’identification du sujet ordinaire aux limites corporelles et mentales de son moi réduit la perspective individuelle. Comme l’a dit l’alchimiste Geber, c’est en imposant un coup d’arrêt, nécessairement brutal, à l’intelligence mentale du disciple que celui-ci pourra tourner son regard à l’intérieur de lui-même. 

    Les moyens utilisés pour déclencher l’éveil devaient comprendre divers exercices de concentration et de méditation, de contrôle du corps et du mental, notamment par la respiration rythmée. On provoquait aussi cette expérience au moyen de certains rites, incluant les incantations et la transmission d’énergies par le pouvoir spirituel du maître.

    L’engagement sur le chemin de l’initiation implique des risques mais aussi des remises en question nombreuses et durables.

     En effet, tout accroissement de l’ego terrestre, par le pouvoir et le prestige social ou par l’appropriation et la possession, affaiblit spirituellement la personne. L’homme qui ne se contente pas du minimum vital se crispe et se dessèche, à mesure qu’il alimente ses désirs d’ascension sociale ou sa vanité de faire reluire ses talents. La réalisation de l’homme ne peut s’opérer sans cet effacement préalable, long et difficile, des aspirations égocentriques.

    Tous les textes de la littérature initiatique insistent sur le secret de la transmission.  Les gens instruits et cultivés connaissaient l’existence de cet enseignement et la raison d’être des symboles. Mais les hiérophantes observèrent une constante réserve quant à la diffusion de leur enseignement. On ne restreignait pas les révélations par cachotterie, mais par une nécessité résultant de la différence de nature entre les êtres. Car la connaissance s’altère inévitablement si l’auditeur n’est pas apte à la recevoir et à la comprendre. Les ambitieux ou les simples curieux ne pouvaient donc être confrontés à des expériences dangereuses pour leur vie ou leur santé mentale. Parmi les nombreux candidats qui frappaient à la porte, de rares élus étaient admis. Plusieurs années d’entraînement étaient nécessaires avant que l’âme affranchie des liens corporels puisse faire usage de ses sens internes, afin de percevoir les enseignements directs des grands initiés appelés dans les textes les « Esprits glorifiés ». 

    L’expérience initiatique conduit à affronter de son vivant une situation équivalente au décès. Le « Livre des Morts » justifie en quelque sorte son titre en ce sens qu’il concerne ces rares initiés ayant connu l’expérience de la mort rituelle, ou celle d’une léthargie provoquée et contrôlée au lieu d’être subie. Le titre du premier chapitre s’appelle : « Rentrer après être sorti ». Le texte Egyptien intitulé « Prières pour aller et revenir » concerne lui aussi la sortie du plan corporel et le retour sans dommage dans le corps.

    Ces rituels avaient lieux à Busiris et Abydos et dans d’autres temples et cryptes. Un officiant portant le masque d’Anubis guidait le candidat dans son trajet. Car le dieu à tête de chacal Anubis, qui dans la mythologie introduit les morts dans l’au-delà, est surtout le « Maître des Mystères », c’est-à-dire l’initiateur du postulant. La mutation s’opérait dans les ténèbres, tandis que le corps était plongé en catalepsie. Les degrés de l’initiation correspondaient à des changements d’état, c’est-à-dire à autant de morts et de renaissances. 

    Une série d’épreuves préliminaires écrémait les candidats en vérifiant leur comportement à l’approche des limites de la mort ou de la folie. On testait ainsi leur volonté, leur constance,

    leur résistance nerveuse et leur stabilité intérieure. A l’issue d’une sélection stricte et sévère, les mystères n’étaient dispensés qu’à une minorité d’élus.

    La dureté des épreuves ne laissait parvenir que très peu d’hommes à l’entrée de ce qu’on appelle les grands mystères, et un nombre encore plus restreint au grade suprême d’Epopte.

     

    L’Initiation lunaire et l’initiation solaire 

    L’initiation se divisait en deux niveaux essentiels : 

    -         la phase lunaire, les petits mystères, l’initiation royale ou chevaleresque, l’ »œuvre au blanc », productrice de l’argent des alchimistes

    -         la phase solaire, les grands mystères, l’initiation sacerdotale, l’ »œuvre au rouge » productrice de l’or. 

    On retrouve dans la Grèce antique la division identique entre les petits mystères, ceux de Perséphone qu’on célébrait au printemps dans les cités, et les grands mystères célébrés en automne à EleusisLes  petits mystères, encore appelés mystères isiaques ou mystères de la femme, avaient pour but la réintégration de l’individu avec la substance « féminine » de la manifestation pré-formelle. Les grands mystères, ou mystères d’Amon, avaient trait au dépassement du niveau cosmique ou manifesté. Une fois passé à la connaissance de soi-même, l’homme passe à la connaissance de Dieu.

     St-Yves d’Alveydre a encore détaillé le processus complet de l’initiation comme comprenant quatre séries d’enseignements. Pythagore qui les avait suivies toutes les quatre leur avait donné le nom de : Préparation (Parazkeyé), Purification (Katharsis), Perfection (Téléiotês)  et Vue d’en Haut (Epiphanie).  

    1)       La première série enseignait les sciences de la Nature et constituait les petits mystères d’Isis. Elle donnait le titre de « Fils de la Femme ». 

    2)       La deuxième partie comprenait les sciences humaines et conférait les vertus dites héroïques, et le titre de « Fils de l’Homme » ou de « Héros ». Il s’agissait des mystères d’Horus, d’Hermès Trismégiste ou d’Apollon.

    3)       A la troisième commençaient les grands mystères. Venait alors la révélation d’Isis, constituée de toutes les sciences cosmogoniques, celles de la nature hyperphysique : elle attribuait le titre de « Fils de la Grande Déesse » ou de « Fils des Dieux »

    4)       La quatrième hiérarchie concernait l’ordre divin, la théogonie. Les rares élus parvenus à ce stade voyaient tomber les derniers voiles de la révélation et prenaient le titre « d’Epopte » ou de « Fils de Dieu ». Parmi ceux parvenus à ce sommet, on compte la figure de Moïse

    L’objectif des petits et grands mystères est « l’immortalité ». Mais l’immortalité des petits mystères reste conditionnée et liée à la manifestation, même élargie à la vie cosmique, tandis que les grands mystères poursuivent l’immortalité « supracosmique » ou indifférenciée, la transcendance absolue. 

    Les petits mystères s’adressent à l’homme qui n’est encore, comme la lune, que lumière réfléchie par rapport à la source, tandis que les grands mystères concernent la renaissance à l’ être et le passage de la manifestation à son Principe, le premier soleil. La lune apparaît  sous des formes changeantes, et à ce titre, elle sert de symbole cyclique au monde des transformations et du devenir. En revanche, la forme du soleil reste toujours la même, à l’image de l’essence immuable. 

    Le principe solaire ou d’or, est associé à la couleur rouge ou au feu, tandis que le principe lunaire ou d’argent est mis en relation avec le blanc ou avec la lumière.  Le symbolisme alchimique établit la même distinction entre « l’œuvre au blanc » et « l’œuvre au rouge ».

    Les initiés aux grands mystères seraient donc les seuls qualifiés pour dispenser l’initiation aux petits mystères.

    Le signe de la Lune : les petits mystères. THOT. 

    Le « Livre des Morts égyptien » « révèle les secrets de Demeures mystérieuses » et « sert de guide d’initiation aux Mystères du Monde Inférieur »

    L’initiation lunaire reste limitée au  monde du devenir, appelé « sublunaire » par les Anciens.  La figure maîtresse de la phase d’initiation lunaire, celle qui va prendre en charge l’initié et le guider dans le monde inférieur, est la divinité lunaire THOT, dieu de la Sagesse et des Mystères, dispensateur de la connaissance des forces psychiques avant celles de la spiritualité. Dans son rôle d’initiateur, il incarne les maîtres de sagesse, c’est-à-dire le sacerdoce égyptien. Il représente aussi la fonction sacerdotale en elle-même et, au niveau encore au-dessus, le principe de son inspiration, c’est-à-dire la tradition, la connaissance initiatique.

    Les cérémonies d’initiation aux mystères de Thot se déroulaient la nuit, et notamment lors des phases lunaires d’importance spéciale, comme la nouvelle lune et la pleine lune. Les officiants avaient souvent le visage masqué. On procédait à la phase essentielle de l’initiation lunaire, la mort rituelle, dans une chambre souterraine. L’obscurité et l’isolement dans la crypte favorisaient l’entrée en transe du postulant. 

    L’initiation lunaire a pour thème central la résurrection d’Osiris. En confirmation du fait qu’il s’agit ici de l’initiation lunaire et « royale », Osiris est proclamé le « Taureau de l’Amenti », de même que l’initié s’identifie à lui comme « Taureau sacré ». Le taureau incarnait en Egypte la puissance royale ; il est aussi le hiéroglyphe de l’eau, du principe plastique. 

    Le parcours des petits mystères, à l’image de la barque solaire et du trajet souterrain, le rapproche de l’idée ancienne du labyrinthe. Osiris, que l’on représente souvent sous la forme du taureau ou du bœuf Apis, a pour équivalent le Minotaure crétois, également représenté en taureau, qui se tenait au centre du labyrinthe. Le taureau ouvre l’accès à un niveau de conscience supérieur, qui passe par ce point central et intérieur de la transformation.. L’initiation lunaire est dite aussi « royale » : elle évoque fréquemment les symboles royaux et impériaux, comme le sceptre et la couronne.

    Le culte de l’aspect féminin de la divinité apparaît sous les figures de la Shakti en Inde, de la Shékinah hébraïque, de la Vierge Marie Mère de Dieu, la Madone chrétienne, ou de la Dame qui fait l’objet de l’amour courtois dans la tradition « chevaleresque ». Le principe féminin des petits mystères, la force-vie transformée sous l’aspect de la Mère divine, se retrouve dans la civilisation égéenne, comme dans de nombreux autres cultes sous la forme de la Femme Mère qui offre à l’être l’eau de vie, ou l’eau de résurrection qui assure l’objectif des petits mystères : la seconde naissance. Ils ont donc été appelés « Mystères de la Femme » ou « Mystères des Eaux » ou « De la Lune ». 

    L’œuvre solaire : les grands mystères. HORUS. 

    Le postulant qui s’identifiait à Osiris dans la période purgative dite de la nuit se reconnaît ensuite dans Horus victorieux.

    Dans l’initiation solaire, le postulant acquiert une autonomie plus large. A ce niveau dit d’immortalité, la perpétuation de la conscience peut se maintenir à travers tous les états d’être. 

    Symboles : 

    Mercure Ø EAU                                        Cornes de Taureau Ø  lunaire

    Soufre Ø Feu                                                   Cornes de Bélier Ø  solaire 

    L’adepte devient image du soleil, c’est-à-dire qu’il fait éclore en lui-même son propre soleil à mesure que va croître sa compréhension intérieure.

     L’ALCHIMIE 

    L’alchimie dont il est question est de nature spirituelle et intérieure ; elle consiste en tout autre chose qu’à produire de l’or matériel. La quête alchimique exige pour condition le détachement des appétits de l’égo. 

    Les quatre procédés de l’alchimie sont dans l’ordre : la purification des substances, leur dissolution, leur nouvelles coagulation, et leur synthèse finale. 

    Le terme arabe d’alchimie, « el-kemia », dérive du terme « kémi » ou « Terre Noire » désignant l’Egypte ancienne. Elle consiste à réaliser le grand œuvre, à transmuter la vile matière humaine en matière divine comme l’or, image de la splendeur solaire. 

    Elle élève la conscience humaine à un état qui la met au contact de la lumière céleste et qui la rapproche du royaume des cieux. La purification de l’âme et la transsubstantiation du corps. Ce n’était pas les éléments physiques qui intéressaient les alchimistes, mais l’équivalent métaphysique de ces éléments. L’effet rédempteur devait être produit sur le corps et sur l’âme, et non pas sur la matière. La transmutation du plomb en or signifie la réintégration de la forme humaine dans sa pureté d’origine.

     Le cycle dissolution-coagulation. 

    Le travail de transmutation va consister à dissoudre cette fixation déficiente pour lui permettre de reprendre une forme de qualité supérieure. Tout le secret de l’œuvre se résume dans la célèbre formule « solve et coagula » : dissout le fixe et coagule le volatil, ou : « volatiliser le fixe et fixer le volatil » soit : « spiritualiser le corps et rendre l’esprit corporel ». 

    L’œuvre alchimique comprendra toujours les mêmes étapes ; elle commence par la séparation du fixe et du volatil, se poursuit conjointement par la spiritualisation du corps et la dissolution de l’âme, suivie de sa refixation et de sa cristallisation, pour s’achever par la réunion des deux extrêmes dans la préparation de l’élixir. L’or pur, c’est-à-dire l’homme purifié, s’obtient en détruisant la forme du moi individuel durant la première phase dite de putréfaction, associée au noir. L’adepte achève alors de se purifier et se libère ensuite lors de la deuxième phase, identifiée au blanc ; il ressuscite enfin dans la troisième phase, celle du rouge. L’œuvre alchimique, tout comme l’objectif des prêtres initiateurs égyptiens, visait à la fois à spiritualiser la matière et à « matérialiser » l’esprit, ou à transformer l’esprit en matière sacralisée. L’âme ne peut devenir une substance réceptrice, et donc malléable sous l’action de l’Esprit, qu’après s’être affranchie de tous ses durcissements qui l’entravent. L’Esprit descendu du ciel peut alors lui imprimer la forme du « métal noble ».

    Dans la symbolique chrétienne, on retrouve le double pourvoir des « clefs », d’ouvrir, de « délier » ou de dissoudre, et de fermer, de « lier » ou de fixer. Dans cette fonction, la clef d’or se rapporte à l’initiation solaire (grand œuvre), et la clef d’argent à la lunaire (petit œuvre). Le cycle des respirations reproduit l’alternance des phases inverses et complémentaires de toute manifestation : la descente et l’ascension, l’évolution et l’involution, le développement et la résorption.  L’expire et l’aspire universels se traduisent par la  manifestation du Principe divin dans les formes crées, suivie du retour de la Création dans la non-manifesté.  Dans « Le Livre des Morts égyptien », l’être parvenu à réaliser la maîtrise de ce processus se désigne lui-même par la formule : « Je suis le Maître des Respirations ».

    L’autonomie totale du sujet ainsi que sa rédemption sont assurées par l’abolition de toute fluidité de la vie spirituelle et par sa stabilisation en agent fixe. Après leur séparation, un nouveau mariage aura lieu entre l’esprit et l’âme « née de nouveau ».

    Le mercure et le souffre 

    Le soufre (le feu) représente l’esprit

    Le mercure(l’eau) représente l’âme. 

    La transmutation de l’âme ne peut s’opérer sans l’intervention du feu céleste de l’Esprit. Et l’Esprit n’illumine l’âme que si sa disposition passive et réceptrice le permet.

    L’éveil de ces deux forces provoque d’abord une extrême tension du fait de leur opposition. L’interaction de ces deux forces est représentée par les deux serpents enroulés dans le caducée. Leur mise en activité rejoint l’éveil de la kundalini,  que l’on opère dans le laya-yogo par une méthode de concentration fondée sur la respiration. 

    On peut subdiviser l’œuvre alchimique en : 

    -         Deux niveaux : l’œuvre lunaire et l’œuvre solaire

    -         Trois étapes mises en rapport avec les trois couleurs de base : le noir (Saturne), le blanc (la Lune), le rouge (le Soleil).

    -         Sept phases associées aux sept planètes ou aux sept métaux : 

    Mercure ou le vif-argent

    Saturne ou le plomb

    Jupiter ou l’étain

    La Lune ou  l’argent

    Vénus ou le cuivre

    Mars ou le fer

    Le Soleil ou l’or 

                Comme aux sept portes, aux sept sceaux de l’Apocalypse ou aux sept cieux. 

    Les petits mystères se concluent par l’intervention d’un élément solaire fixateur (le souffre alchimique) lorsque le fils d’Osiris, Horus, prend la succession de Thot et d’Anubis pour conduire l’initié.

     L’œuvre au noir

    La mort initiatique a été figurée dans les mystères par l’assassinat d’un dieu, comme Osiris tué puis démembré, à l’image de l’initié qui rendait à la nature les parties de son corps, c’est-à-dire ses facultés. Le postulant abandonnait les éléments psychiques de son âme aux puissances du monde, ne conservant que les éléments d’essence immuable et divine. En renonçant à tout ce qui en lui était périssable du fait de sa dépendance envers les sens, le candidat prenait conscience de sa partie immortelle, celle que n’affecte ni la mort, ni la dissolution.

     Cette première opération aboutit à séparer la forme subtile de vie, appelée « eau » ou « mercure », du corps physique représenté par Seth ou Saturne qui, dans les conditions ordinaires de l’existence, fixe le mercure en l’identifiant avec la modalité corporelle. La séparation signifie extraire le mercure du corps, en suspendant l’action de l’organisme animal sur cette forme vitale afin de lui rendre sa liberté. L’âme devient un courant d’images et d’impressions instables. L’expérience doit toujours se vivre avec l’intensité d’une conscience en éveil.

    La noirceur de la « putréfaction » apparaît avec la mort de l’égo jeté en terre. Après la traversée des régions souterraines ténébreuses et désertiques, se termine lorsque l’initié aperçoit la clarté de la lune, lorsqu’il accède à la belle « Amenti » où siège Osiris. C’est alors que commence « l’œuvre au blanc », qui consiste à achever de  purifier la matière et à spiritualiser le corps, à blanchir sa noirceur. 

    La phase de volatilisation est souvent suggérée dans les mythes comme l’envol d’un cavalier sur son cheval et l’on songe à Pegase. L’initié entrera sous la terre sous la forme d’un faucon et ressortira sous la forme d’un phénix. L’homme ordinaire est astreint à suivre la « Voie des Ancêtres », l’adepte suit la « Voie des Dieux ». 

    Le royaume souterrain comprend deux régions essentielles : l’Amenti (identique à l’Erèbe des sanctuaires Grecs) située à l’ouest et la Douat à l’est. Dans l’Ancien Testament, la traversée du désert suivie du passage à pied du Jourdain (qui signifie Jugement), représentent les moments d’épreuves traversées dans le monde souterrain.

     L’œuvre au blanc

    La blancheur intégrale et la fixation seront atteintes sous le régime de la Lune avec la régénération ou renaissance, associée à l‘idée de printemps, de lumière, de « sortie au jour ». Dans cet état nouveau souvent évoqué sous l’image végétale du jardin ou des champs (les Champs Elysées des Grecs, ou le champ du roseau des Egyptiens), la nature transmutée est rendue lumineuse. Cet état de l’âme rendue lumineuse est illustré par l’image de la Vierge .L’œuvre lunaire ou « la production de l’argent », ou de la « Pierre Blanche » équivaut à une rénovation de l’âme. La condition de l’immortalité est atteinte dans l’œuvre au blanc, car fixée dans sa nouvelle forme lumineuse, la conscience pourra se maintenir à travers des états de l’être qui ne sont plus déterminés par l’état corporel ordinaire.

    L’œuvre au rouge

    L’œuvre au blanc unit l’homme à la vie, mais sans lui en livrer le principe. Après l’épreuve de l’eau vient l’épreuve du feu qui va toucher tout l’ensemble corporel sans s’arrêter à son principe vital. Le petit œuvre s’achevait avec la transmutation de l’âme et la spiritualisation du corps ; le grand œuvre qui lui succède effectue « l’incorporation de l’Esprit » et sa descente dans l’âme. L’insistance est mise non pas sur le retour au ciel, mais sur la manifestation du ciel sur la terre. L’action du feu, en descendant toujours plus en profondeur dans la nature humaine, va y rencontrer successivement les entités immatérielles mises en correspondance avec les règnes animal, végétal, et minéral de la nature. C’est l’accès à la connaissance de ces univers qui s’obtient par pénétration et par communion de sa propre essence avec l’essence de l’objet d’étude.

    Pour le règne animal, l’adepte rencontrera ces influences enfouies dans la couche inférieure animale (émotions, passions) sous des formes animales menaçantes tant qu’elle resteront non contrôlées. Si ce contact vient à contrôler la personnalité, on débouche sur le totémisme, par lequel l’homme ou la tribu se reconnaissent pour l’incarnation de l’esprit d’une espèce animale. La découverte de l’affectivité amène la compréhension du règne animal dans son essence. Pour le règne végétal, c’est la dissociation des forces subtiles de nature végétative qui amène à la connaissance de ce règne. Enfin, la dissociation et le purification atteignent avec « l’œuvre au rouge », la structure tellurique et minérale du corps. Cet état est rendu par les images de stabilité qu’évoquent la pierre, la cité, la montagne ou les îles.

    C’est en ce sens qu’il faut comprendre l’obtention de la connaissance au cours des différents degrés de l’initiation. 

    A mesure qu’il peut considérer comme extérieurs à lui des phénomènes auparavant perçus comme intérieurs, l’être s’approche de sa nature divine, qui demeure quant à elle susceptible de ne connaître aucune modification. Au niveau ultime, il n’existe même plus de différence entre l’intérieur et l’extérieur : l’être identifié au Principe divin étend sa conscience à la Création tout entière. La conception du labyrinthe, chez le roi Minos en Crète comme dans les églises chrétiennes du Moyen Age, reproduit cette idée d’un cheminement vers le centre caché.

    On pourrait mettre en parallèle Le livre de Mort Egyptien avec le Livre des Morts Tibétains,  Les Upanishads indiens, et la Pisits Sophia des gnostiques. Ainsi que la Divine Comédie de Dante, et la Kabbale Hébraïque et l’Islam ésotérique. Egalement la Quête du Graal que seul Perceval, le chevalier au cœur pur mènera à bien. Les mythologies antiques connaissent l’image du héros voyageur : Gilgamesh, Héraclès, Hercule, Jason ou Ulysse.

    Dans l’Ancien Empire, on retrouve les « Textes de Sarcophages » vers 2200 av. JC. Et le « Livre des deux chemins » vers 2000 av JC, au  début du Moyen-Empire. 

    Le postulant proclame « Je suis Hier et je connais Demain », cela évoque son dépassement de la contingence temporelle et son accès à l’éternel présent, à la « vie éternelle », on échappe au temps en atteignant l’immuable, c’est-à-dire le divin.

    O Râ ! Daigne sanctifier mon Esprit !

    O Osiris !  Rends à mon Ame sa nature divine ! 

    Entouré de Dieux, je parcours la Maison de l’Horizon,

    Car je suis à présent l’un d’entre eux,

    Leur égal, leur chef même. 

    La réalisation d’un certain niveau spirituel reste conditionné par l’achèvement de l’état antérieur.

    L’enseignement traditionnel hindou, tout comme celui de la Kabbale hébraïque, insiste sur cette équivalence entre les membres ou les organes du corps humain et les « formes sacrées », ou les dieux, c’est-à-dire les énergies divines susceptibles de se manifester en eux.

    Dans les « Textes des Pyramides » apparaît une vision de l’univers répartie sur trois niveaux :  - Le plan terrestre, symbole du monde manifesté, lui-même représenté par les quatre points cardinaux, c’est-à-dire par le carré de la manifestation. Le plan dit solaire, jouant le rôle d’intermédiaire entre le ciel des Principes originels et le monde manifesté. -  Le plan des étoiles fixes, symbole  des Principes divins, ordonnateurs du monde. 

    Le Soleil se rapporte au pur rayonnement spirituel de l’être, la Lune aux forces formatives de la vie et du changement, et la Terre aux formes figées du corps. On associe également une couleur alchimique à chacun de ces trois états : le noir à la Terre ; le blanc à La Lune, le rouge au Soleil. Selon un texte Syriaque, on atteint le miroir secret, ou l’œil universel de l’Esprit, après avoir franchi sept portes analogues aux sept sphères planétaires, ou aux sept degrés de l’âme universelle. 

    Les hiérophantes initiateurs d’Héliopolis sont appelés « Esprits stellaires ». Les régions les plus hautes du ciel, où n’accèdent que les initiés au rang le plus élevé, appelés les « glorifiés », relèvent non plus du Soleil, astre mouvant, mais des étoiles stables. L’initié d’Héliopolis se proclame comme étant le génie de la constellation Sahu, celle d’ORION. Lorsque Orion passe en revue les étoiles innombrables du ciel, il effectue dans les régions célestes un périple qui s’inscrit dans une sphère bien supérieure à la sphère parcourue par le Soleil. Mais à ce niveau, la fixité centrale de l’étoile Polaire n’est pas encore atteinte. C’est par excellence la constellation polaire de la Grande Ourse (Khpesh) , le centre et sommet du ciel , que l’on associe au domaine des « Esprits sanctifiés ».

    On parle aussi de « l’Esprit de Sirius » comme « Grand Esprit Stellaire ». 

    L’œil de RA : l’Univers émane de l’œil de d’Horus, « maître des Mondes » et « source de vie de millions d’années ». L’œil est également associé à la nourriture sacrée ; le pain et le vin de la communion ainsi que toutes les offrandes sépulcrales sont présentées comme des émanations de l’œil de Râ. Le symbole de l’œil unique au l’on verra plus tard au centre d’un triangle dans les représentations maçonniques fait partie de la symbolique du centre. Le passage encore manifesté à l’état inconditionné s’effectue donc en suivant le processus inverse de celui de la Création, c’est à dire en remontant vers l’œil divin pour repasser A TRAVERS LUI.

     Les champs et la symbolique végétale :

    Après le jugement et la justification, l’âme purifiée et régénérée commence son séjour dans une nature enchantée que les textes nomment les « champs ». Cela signifie l’une des dernières étapes de l’initiation lunaire. Il importe de ne pas oublier que dans toutes ces traditions, les lieux représentent allégoriquement des états. Les champs ou la terre à cultiver, désignent l’ensemble des potentialités que l’homme porte en lui et qu’il doit mener à éclosion. 

    Le lotus indique la référence à l’initiation solaire, au même titre que le dieu Tum ou Nefer-Tum.

    Les champs des bienheureux égyptiens ont leur équivalent dans l’île des bienheureux de Platon ou dans les îles des Hespérides de la tradition grecque. Au Moyen-Age, cette île prit le nom d’Avallon, L’île aux pommes enchantées où Merlin et Arthur se sont retirés. Ou la « Thulé » des Grecs dont le nom signifie « Ile du Soleil ». Le « Pays de Pount » était-il « l’Atlantide » ?.

     La cité et son symbolisme minéral :

    L’état de stabilité spirituelle est très souvent symbolisé par la cité céleste, par la ville sainte à laquelle on s’efforce de parvenir au prix d’un long voyage, en dépit de tous les dangers.  Il n’est plus besoin de préciser que les villes célestes ne désignent pas des lieux, mais des états de conscience. La cité correspond à l’état céleste situé au-delà des sept planètes, autrement dit la huitième sphère. Elle équivaut à ce que l’Apocalypse appelle « Jérusalem céleste». Avec la ville bâtie, on passe du symbolisme végétal au symbolisme minéral. « L’œuvre au rouge » s’accomplit dans le règne minéral à la suite de « l’œuvre au blanc », qui s’effectue au niveau du règne végétal. La cité représente le point central, le siège de la personnalité profonde dont il faut rappeler qu’elle est d’essence minérale.

    C’est dans cette région nommée « la Cité de Paix » que l’initié atteint la paix véritable, ou qu’il fait régner lui-même la paix. La sagesse de Pétosiris parle de la « ville d’éternité » où arrive l’homme qui a mené l’existence du juste. Le Livre des Morts  nomme cette ville sacrée la « cité de Djedu » ou la « cité des dieux » qui « existait d’époque immémoriale » et qui attire les habitants des autres pays ; l’initié devenu « Esprit sanctifié » viendra habiter aux côtés des « Seigneurs de Vérité et de Justice ».  

      

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