• Le langage des animaux

    Conscience animale

    Le langage des animaux 

    Le langage des animaux    Le langage des animaux

     Un langage multidimenssionnel

    Les lucioles entament un étonnant dialogue : les mâles émettent des signaux lumineux, invitant les femelles à les rejoindre. Celles-ci identifient le rythme particulier d'émission de la lumière, propre aux mâles de leur espèce, et se précipitent aussitôt à leur rencontre.
    Une véritable communication lumineuse s'est établie.

    Le langage des animaux

    (photo : http://oemes-provence)

    Des signaux très différents

    Des sons et des chants, des gestes et des attitudes du corps, des odeurs... à chacun son « langage » ! Ainsi l'odorat, le toucher, l'ouïe, la vue sont au service d'une communication plus ou moins élaborée selon les espèces. Mais, quels que soient les moyens utilisés, tous les animaux communiquent entre eux grâce à un ensemble de signaux, qui leur permettent de recevoir et d'émettre des informations.

    Chaque espèce possède souvent son propre signal, tel le chant chez les oiseaux ou la lumière chez les lucioles. Chacun adapte ensuite ce signal en fonction du message : peur, joie, agression, colère, soumission ou amour. Un mâle peut ainsi affirmer sa suprématie, un autre se soumettre, tandis qu'une mère comprendra que son petit a faim.

    La communication sonore : un langage parfois dangereux

    La communication sonore n'est pas le langage le plus couramment utilisé par les animaux. Les mollusques, par exemple, sont incapables d'émettre des sons ; les serpents, eux, de les entendre. Les sons ont pourtant une grande importance. Produire ou percevoir des sonorités permet aux animaux de demeurer en contact avec des semblables ou encore de protéger un territoire.
    Mais un son, même faible, est susceptible d'attirer l'attention d'un prédateur. La communication sonore est donc le plus souvent adoptée par des animaux capables de fuir ou de se dissimuler rapidement. C'est le cas de certains mammifères aussi différents que le chat et l'éléphant, de batraciens comme les grenouilles, de nombreux insectes et des oiseaux.

    Le chant des oiseaux

    Chaque espèce utilise un même type de chant, modulé ensuite pour transmettre des messages différents. Le corbeau possède ainsi huit cris distincts, l'un lui permettant par exemple de signaler sa présence à ses congénères, l'autre de faire la cour à une femelle ou d'avertir les autres mâles de ne pas s'installer sur son territoire. Pour la plupart des espèces, le cri des jeunes est l'un des principaux moyens qu'ont les mères de les reconnaître. Si une poule entend un animal empaillé, doté d'un magnétophone, émettre le cri d'un poussin, elle se dépêche de l'abriter sous son aile. A l'inverse, une poule sourde peut tuer ses propres petits qu'elle ne reconnaît pas et prend pour des ennemis.

    Du bruit sous l'eau

    L'eau : le monde du silence ? Non car, aussi étonnant que cela paraisse, les poissons sont des animaux très bruyants. Certains grognent, d'autres utilisent, pour produire des sons, un organe rempli d'air, la vessie natatoire, qui leur permet habituellement de flotter. Ils frappent cette vessie avec leurs nageoires, qui fait alors office de caisse de résonance. Les cétacés possèdent tout un répertoire de sons pour communiquer entre eux. Le plus impressionnant est le chant de certaines baleines, qui rappelle un peu la musique électronique.

    Des substances chimiques chargées de sens

    Les papillons et les fourmis produisent des substances chimiques odorantes dotées d'un sens précis : les phéromones, les hormones de la communication. Ces messages chimiques permettent par exemple à un mâle de localiser une femelle ou d'affirmer sa suprématie. Ces effluves servent aussi de signal d'alarme en cas de danger, de signe de ralliement ou de piste pour indiquer une source de nourriture. Ce sont des messages en odeurs, semés en chemin comme les cailloux du petit Poucet.

    Des messages odorants

    La plupart des animaux sont dotés d'un sens de l'odorat beaucoup plus développé que celui de l'homme. Pour un chien par exemple, l'air transporte une multitude d'odeurs qui sont autant de messages ; il utilise alors son flair tandis que l'ouïe et la vue ne passent qu'au second plan. Beaucoup d'animaux communiquent grâce a un « code » des odeurs. Ils sécrètent des substances odorantes différentes en fonction des besoins : appeler un compagnon, éloigner un concurrent, prévenir d'un danger, indiquer le chemin qui mène à une réserve de nourriture. Nombreux sont les mammifères qui utilisent ainsi de tels procédés, plus ou moins nauséabonds, tel le loup qui marque son territoire en répandant son urine et ses excréments.

    Des gestes importants

    L'homme communique au moyen du toucher : une poignée de main, une gifle ou un baiser sont autant de messages de paix, d'affection ou d'hostilité. Beaucoup d'animaux font de même. Mais pour eux ces gestes expriment surtout la sécurité, la protection, la paix.

    Deux zèbres peuvent ainsi poser chacun leur tête sur l'encolure de l'autre en geste d'apaisement. L'épouillage, chez les singes, est quant à lui un signe de fraternité et de tranquillité, à l'image de toute toilette collective pratiquée chez des animaux
    comme les souris, les lions, les gazelles, les pinsons...


    Des attitudes corporelles expressives

    De nombreux animaux manifestent leurs intentions à l'aide d'attitudes, de gestes ou d'expressions du visage. Ce sont alors autant de signaux de menace, de soumission, de peur...

    Cette façon de communiquer s'observe surtout chez les mammifères. Le chat ou le lynx montrent leur colère en hérissant le poil et en rabattant ses oreilles. La plupart des canidés se couchent sur le dos, exposant leur ventre à leur adversaire, en signe de soumission. Le poisson porc-épic gonfle son corps lorsqu'il se sent menacé et un jeune singe fait la moue et se met à pleurer pour attirer l'attention de sa mère !


    Des messages dansés

    Un signal visuel couramment utilisé est la danse. L'abeille utilise ce mode d'expression comme langage quotidien. Lorsqu'une abeille découvre une source de nourriture, cette danse en forme de huit lui permet d'indiquer aux autres la présence de fleurs à butiner, la direction mais aussi la distance à parcourir : plus la danse est rapide, plus les fleurs sont proches. L'odeur qu'elle exhale complète le message en précisant de quelles fleurs il s'agit. Mais la danse appartient aussi au langage des amoureux.

    Chez certains poissons ou chez les oiseaux par exemple, le mâle et la femelle exécutent en duo une danse compliquée avant l'accouplement. Au cours de cette « parade nuptiale » ou danse de cour, chaque signal est important et doit être exécuté dans un ordre précis afin que l'accouplement puisse avoir lieu.


    Des couleurs signifiantes

    Les signaux colorés constituent un autre type de communication. Ce langage des couleurs est très répandu chez les oiseaux. Les couleurs vives servent à attirer les femelles. Par exemple, le coq porte une crête rouge sur la tête, le paon fait la roue, invitant la femelle à admirer ses belles plumes colorées. Certaines espèces d'oiseaux ou de poissons changent de couleurs pendant la période de reproduction. Les couleurs éclatantes peuvent également fonctionner comme des signaux d'avertissement. Une guêpe jaune est ainsi facilement identifiée par ses ennemis comme un insecte dangereux, capable de piquer, et donc à éviter !


    Le saviez-vous ?


    Surveillez leurs oreilles !
    À elle seule, la position des oreilles du tigre

    est un signal permettant de déterminer avec précision son «humeur» !

    - Les oreilles sont dressées et le pavillon (partie externe de l'oreille) bien visible de face : le tigre est calme.
    - Les oreilles, rabattues en arrière, deviennent presque invisibles. La gueule ouverte, l'animal semble prêt à attaquer :il est simplement sur la défensive.
    - Les oreilles tournées en avant montrent leur tache blanche bordée de noir, la gueule s'est refermée : le tigre va attaquer.

    Les manchots à jugulaire reforment le même couple,
    chaque année, au moment de la reproduction. La femelle reconnaît son compagnon à son cri, après huit mois de séparation, au milieu d'une foule de plusieurs milliers d'autres mâles qui piaillent pour appeler leur propre femelle !

    Le chant des baleines se propage
    sur plusieurs centaines de kilomètres : ses ondes sonores rebondissent et ondulent entre le fond et la surface de l'océan. 

    Le mégaphone du grillon
    Pour être sûr que son message sonore soit entendu de loin, le grillon d'eau utilise un
    ingénieux procédé. Il frotte ses ailes l'une contre l'autre, installé au beau milieu d'un terrier qu'il a pris soin de creuser en forme de mégaphone, pour amplifier le son. Il parvient ainsi à émettre un son d'environ 105 décibels, soit l'équivalent d'un moteur d'avion de tourisme !

     (source : questmachine)

     

    Formes et couleurs des poissons

    Se demander pourquoi le barracuda ou le maquereau ont une forme allongée comme une fusée est vain. Questionnons-nous plutôt sur l'intérêt que cette forme présente pour l'espèce! Poser cette question donne déjà une partie de la réponse. Le barracuda et le maquereau sont des poissons vivant en pleine eau, se nourrissant de proies qu'ils pourchassent dans cet environnement dénué d'obstacles ou de cachettes. Pour se nourrir, il leur faut être plus rapides que leurs victimes. L'eau étant un milieu particulièrement résistant à la pénétration des corps (comparé à l'air), la qualité hydrodynamique est un facteur important de la vélocité, d'où l'avantage d'un corps fusiforme et effilé réduisant ainsi leur pénétration dans l'eau.
    Que dire de la forme latéralement comprimée du baliste ou d'autres poissons de récifs? Comment attraper une proie ou échapper à un prédateur dans un environnement chaotique, où les trous, tunnels et cavités abondent. La qualité nécessaire ici n'est plus la vitesse pure en ligne droite mais une capacité de manœuvre accrue. Les antagonistes d'une poursuite sous-marine sur un récif devront être à même de virer promptement au détour d'un rocher, de s'incliner sur le côté pour pénétrer dans une faille ou de nager en rase motte en évitant les obstacles.

    Dans l'eau, le poisson latéralement aplati et peu allongé offre une résistance accrue au milieu, ce qui lui permet d'utiliser sa force avec une plus grande efficacité pour entreprendre un virage : plus un gouvernail est large, plus il faut de force pour le manœuvrer, mais plus son action sera efficace. Une forme latéralement comprimée est donc nécessaire aux poissons dont le mode de vie implique une forte capacité de manœuvrabilité.
    Un embryon de systématisation émerge. La forme d'un poisson est donc mise en relation avec une ou plusieurs qualités hydrodynamiques. Poursuivons plus avant cette hypothèse en examinant les particularités d'autres espèces.
    Les poissons plats tels que la sole, la limande, la raie ou la baudroie passent une partie importante de leur vie posées sur le fond à se nourrir ou à l'affût de proies éventuelles. Ils jouissent par leur forme d'une grande stabilité et une discrétion certaine, propices à leur mode de vie.


    Quant aux espèces "anguilliformes" (anguilles, congres, murènes,...), l'agilité et la souplesse que leur procure leur physique convient fort bien aux évolutions en cavités étroites et sinueuses dont elles font leur logis. Bien que chacune de ces formes caractéristiques ait des représentants typiques, de nombreuses espèces présentent un physique établissant un compromis entre ces différentes options. La rascasse attendant patiemment sa proie, camouflée sur le rocher, utilise sa forme trapue au ventre plat pour se maintenir immobile.

    Quand un malheureux gobie commet l'imprudence de passer à proximité elle bondit, happant ce dernier presque à tous les coups. La double exigence entraîne ici un compromis entre forme aplatie et effilée longitudinalement. Il en est de même pour tous les poissons de récif qui, suivant leur mode de vie, adoptent le compromis adapté.
    Pouvoir systématiser ainsi serait bien agréable mais certaines espèces viennent troubler cette séduisante théorie. Que dire de la raie manta qui se sustente en pleine eau de plancton, n'ayant que peu l'occasion de s'aplatir sur le fond? Ou du poisson trompette vivant sur les récifs coralliens, très effilé mais d'une médiocre vélocité?

    Que penser de l'hippocampe? 

    Nous aimerions pouvoir, à chaque phénomène pris isolément, associer une fonction ou une structure le justifiant. Ce mode de pensée mécaniciste est bien souvent incapable d'expliquer les phénomènes complexes comme peut l'être l'apparence d'une espèce. Les raisons pour lesquelles la nature a doté les échinodermes (oursins, étoiles de mer) d'une symétrie radiale d'ordre cinq échappent et échapperont longtemps aux théories des scientifiques.
    La coloration des poissons est un phénomène encore plus complexe, tant par sa nature biochimique que par le rôle social intra et inter-espèces. Le poisson dispose d'un triple système coloration. Sa couleur est le produit de trois types de cellules.
    Les chromatophores sont des cellules colorées par trois pigments : noir, rouge et jaune. Elles sont munies de ramifications internes dans lesquelles les pigments peuvent circuler et ainsi altérer la coloration de la cellule en concentrant ou diffusant les pigments.
    Les guanophores, contenant des cristaux de guanine, sont responsables des teintes métalliques (argentées) des poissons.
    Les iridophores sont des cellules polarisant la lumière sur le modèle d'un prisme. Elles sont à l'origine des colorations dites "optiques", vertes et bleues. Les poissons disposent d'un contrôle nerveux sur ces cellules permettant une modification de la longueur d'onde de la lumière réfléchie et donc de l'apparence de ceux-ci.

     

    Pourquoi la couleur ?

     Avant de penser à se prendre pour des stars d'Hollywood ou des œuvres d'art, les poissons (comme tous les animaux) ne font que se protéger des radiations solaires. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer l'absence de couleur chez les poissons abyssaux. Là où les radiations solaires ne pénètrent pas, les espèces n'ont aucun besoin de se protéger de ces dernières.
    Mais la seule protection contre les rayonnements solaires ne justifie pas la complexité biochimique de la coloration des poissons. Autant d'équipement laisse présumer de l'importance du rôle qu'elle joue dans les rapports sociaux.

    Comme précédemment, le rapport proie/prédateur est une activité sociale dans laquelle la couleur des poissons joue un rôle prépondérant par le biais du camouflage. Les techniques de camouflage sont multiples et dépendent du milieu d'évolution de chaque espèce.
    Les poissons pélagiques présenteront un ventre clair et un dos sombre afin de réduire le contraste selon qu'ils sont aperçus du dessus ou du dessous.

    D'autres espèces, vivant sur le sable ou dans les roches, choisissent une robe permettant à l'animal de se fondre dans son environnement. C'est le cas des poissons plats, des rascasses, gobies, poissons lézard ou poissons pierre qui bien souvent disposent d'un potentiel d'altération de leurs couleurs augmentant le mimétisme.
    Chez les poissons tropicaux les couleurs sont souvent vives et éclatantes. Le camouflage s'effectue alors grâce à des raies, des stries des losanges ou des cercles perturbant la silhouette du poisson au point de la rendre méconnaissable à une certaine distance. L'ajout de rayures sombres masquant l'œil et de taches sombres (faux oeil) sur la nageoire caudale trompera le prédateur sur l'orientation de la proie, donnant à celle-ci une meilleure chance de survivre lors de la première attaque. De nombreuses espèces de poissons papillons présentent ces caractéristiques.

    De plus, ce débordement de couleur des espèces de récif peut nous paraître criant, mais au final, lorsqu'on évolue dans un pays peuplé de coraux jaunes vifs, d'éponges affichant toutes les variétés de rouge et d'alcyonaires qui trouveraient sans doute leur place sur l'étal d'un fleuriste il n'est pas étonnant que ces poissons circulent en toute discrétion dans les rues du village de corail.
    D'autres préfèreront modifier leur apparence afin de ressembler à une espèce peu prisée des prédateurs. C'est le cas du poisson trompette qui, en position verticale au milieu d'un buisson d'hydraires, se fait passer pour une branche de ce dernier.

    Le dragon de mer (cousin tropical de l'hyppocampe) a le corps hérissé d'excroissances ressemblant aux algues de son milieu parmi lesquelles il est presque indétectable. Ces fonctions de camouflage sont bien connues chez les animaux terrestres souvent difficiles à discerner dans leurs milieux naturels.
    Une autre fonction bien connue chez les "terriens" est la parure d'apparat lors des relations sexuelles. Nombreuses sont les espèces de poissons chez lesquelles un des partenaires (souvent le mâle) se revêt de ses plus beaux atours à la période du frai.

    Cependant, phénomène peu courant chez les terriens, l'alternance de sexe chez certaines espèces marines (girelle, mérou) induit le changement de robe. La girelle qui passe de l'état de femelle à celui de mâle quitte alors sa terne coloration pour adopter la parure colorée de celui-ci. Ce phénomène insolite a longtemps perturbé les naturalistes, croyant que mâles et femelles appartenaient à deux espèces distinctes, d'autant plus que le changement de robe peut s'effectuer tardivement après celui du sexe.

    On voit ainsi des girelles femelles portant les atours du mâle et vice versa.
    Camouflage et comportement sexuel n'expliquent cependant pas tout sur les couleurs des poissons. En abordant un monde où ces dernières s'expriment dans toutes leurs splendeurs et leurs diversités, le récif de corail, bien des questions se posent, qui ne peuvent être résolues par les arguments cités ci-dessus. Comment justifier la débauche de couleurs offertes par les poissons-anges, papillons, demoiselles ou autres balistes et séranidés? Pour essayer d'y répondre, il est nécessaire d'appréhender l'écosystème complexe du récif de corail.
    Sur un récif vivent un grand nombre d'espèces, depuis les polypes constituant le récif lui-même, jusqu'aux prédateurs du haut de la chaîne comme les barracudas. Chacune de ces espèces a un mode de vie et une alimentation qui lui est propre, n'empiétant que rarement sur les ressources d'une autre espèce. De plus, chaque espèce a un rôle bien établi, nécessaire à la survie du récif. Certains comme les chaëtodons débarrassent les polypes de leurs propres déjections, leur évitant de mourir asphyxié, d'autres comme certains labres ou le chirurgien vont nettoyer bouches, écailles et branchies des autres poissons.
    Le récif étant un milieu particulièrement riche en éléments nutritifs, chaque espèce accepte la présence de proches voisins d'autres espèces dans la mesure où ils ne sont pas en conflit (proie/prédateur) ou en concurrence pour une même ressource. Par contre, si deux représentants de la même espèce viennent à se rapprocher, se faisant ainsi concurrence, les relations de voisinage dégénèrent immédiatement en un conflit dont l'issue est la fuite ou la mort d'un des individus.

    Chez les poissons tropicaux de récif, la majorité des agressions ont lieu entre individus de la même espèce.
    Une étude en aquarium menée par K. Lorenz ( L'agression, une histoire naturelle du mal.) montre que, pour un poisson avec trois de ses frères parmi 96 autres poissons, le nombre de morsures entre congénères par rapport à celui inter-espèce est de 85 sur 15, alors que la probabilité de rencontrer un de ses 3 congénères est de 3 sur 99.

    Le chiffre 15 étant trompeur puisqu'il est essentiellement dû aux demoiselles qui, dans leurs trous, se jettent sur n'importe quel poisson pénétrant leur cache. D'autres expériences permettent de vérifier ce comportement agressif entre poissons de même espèce.
    Des couleurs vives et bien marquées, un instinct de territorialité intra-espèce exacerbé,

     comment ne pas faire le rapprochement?

     Il semblerait donc que ces parures éclatantes soient des signaux lancés à l'entourage. Pour chaque espèce, la couleur serait une marque de distinction signifiant : " Ceci est mon territoire, c'est une chasse gardée!" Le monde économique connaît bien ce phénomène, celui de la concurrence entre agents ayant la même activité. Ces signaux colorés peuvent donc être vus comme des emblèmes sur le mode des blasons des seigneurs féodaux.

    Des expériences ont montré que des poissons d'espèces différentes mais de couleurs semblables ne vivant généralement pas à proximité les uns des autres et non concurrentiels sur le plan écologique rentrent en conflit dès qu'on les place dans un même aquarium... conflit qui cesse quelques temps plus tard dès qu'ils prennent conscience de leur méprise!

    Mais l'arrogance du défi lié à la territorialité n'est pas le seul message que la robe des poissons transmet. D'autres significations peuvent encore être avancées pour les parures de certaines espèces. Pour le labroïdès ou le chaëtodon la signification semble être : "ne me mangez pas, je suis utile à la communauté!" ou encore la robe extravagante du pterois volitans ne clame t'elle pas : "ne me mangez pas, je suis venimeux et truffé d'épines!"

    les poissons coffres (empoisonnés) ou papillon à long bec (dorsale munie de longues épines) sont encore d'autres exemples de signaux du même ordre. Ces poissons, dits aposématiques, font un choix d'espèce : se rendre parfaitement identifiable afin de s'assurer que des éventuels prédateurs se souviendront qu'ils sont parfaitement immangeables et soient capables de les identifier facilement.

    Deux stratégies opposées sont en action : certains préfèrent se cacher et faire tout leur possible pour passer inaperçu, alors que d'autres s'habilleront de rouges et de jaunes (les longueurs d'ondes les mieux perçues par l'œil) afin d'attirer l'attention et ne pas être attaqué par mégarde parce qu'ils sont soit dangereux, soit des agents servant la communauté qu'il ne faut pas agresser. Mais les sociétés animales sont parfois fort perverses. Ayant compris que s'afficher en rouge éclatant transmettait aux autres individus un message de danger, certains, parfaitement inoffensifs, n'ont pas hésité à s'accoutrer de telles parures afin de mentir à la communauté et se faire passer pour beaucoup plus méchant qu'ils ne le sont réellement.

    Et comme toujours, rares sont les espèces qui optent pour une direction unique. La plupart vont tenter de se camoufler en exhibant une coloration pourtant signifiant une alerte de danger en ne présentant, au final, que très peu de danger pour les autres espèces. L'espèce humaine n'a rien inventé en matière de bluff et d'usurpation.
    Il est probable qu'en observant la vie du récif en gardant à l'esprit ces considérations, nombreuses seraient les interprétations possibles que l'on puisse donner aux habits colorés des riverains. En poursuivant plus avant, ne pourrait-on pas mettre en évidence un véritable langage social des couleurs, régissant les rapports inter et intra-espèces?

    Mais peut être tout ceci n'est encore qu'un anthropomorphisme déplacé et qu'avant tout, il faudrait se poser la question de la perception de la couleur chez les poissons. Là encore, on se rassure. Les poissons perçoivent parfaitement les couleurs. De plus, contrairement aux chats, pour lesquels on a longtemps cru qu'ils ne disposaient que d'une vision en noir et blanc pour s'apercevoir tardivement qu'il n'en était rien mais que simplement ils ne donnaient que très peu d'importance aux couleurs, les poissons, eux, sont tout le contraire et utilisent la vue comme moyen principal pour percevoir leur environnement et l'apparence prend chez eux une place majeure dans la communication intra et inter-espèces. Ici encore, l'homme n'a rien inventé ! 

    Texte : François Rebufat (source : scaphinfo)

     

      

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