• Les enfants sauvages

    Découvertes extraordinaires

    Les enfants sauvages

    Tous les animaux sont capables de bien s'occuper d'un enfant !

    Quand on voit comment les parents s'occupent de leurs enfants parfois, on se dit que finalement, il vaudrait peut-être mieux confier notre progéniture aux animaux...Voici des histoires d'enfants-sauvages intrigantes et passionnantes !  

    La petite fille qui aboie, élevée par des chats et des chiens 

    enfants eleves par animaux

    En 2009, la police de Chita, une ville en Sibérie, fait une découverte incroyable. Natasha est une petite fille de 5 ans qui se déplace à 4 pattes, boit du lait avec sa langue et aboit comme un chien lorsqu'elle veut communiquer. Et ils comprennent vite pourquoi. La pauvre fillette a vécu toute sa vie enfermée dans une chambre avec des chats et des chiens. La chambre ne comportait ni chauffage, ni salle de bain, ni même l'eau courante. Quand elle est trouvée, la petite Natasha ne parle pas russe, mais se fait comprendre par ses aboiements et ses déplacements.

    Cela faisait 2 ans que ses parents Victor Lozhkin, 27 ans et Yana Mikhailova, 25 ans, n'avaient plus de contacts avec elle. Ils ont été arrêtés pour négligence sur mineur. 

    Le garçon russe élevé par des oiseaux dans un minuscule appartement 

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    Même des oiseaux sont parfois capables de plus de compassion que des êtres humains. Nous sommes en Russie. En 2008, un petit enfant de 7 ans est découvert dans un petit appartement de deux chambres rempli d'oiseaux. Sa mère ne lui a jamais parlé. Elle le considérait comme un animal. L'enfant, incapable de prononcer le moindre mot, s'exprimait en gazouillant et en agitant les bras, comme si c'était les ailes d'un oiseau. 

    Le petit argentin pris en charge par des chats 

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    En 2008, la police fait une étrange découverte dans la province de Misiones, en Argentine. Ils trouvent un petit garçon de un an dans un couffin entouré de 8 chats sauvages. Ce sont les félins qui ont permis au nourrisson de rester en vie durant les froides nuit d'hiver en le recouvrant de leur chaud pelage à tour de rôle ! Ils ont aussi gardé le bébé relativement propre et sain en léchant les croûtes qui se formaient sur sa peau. Pour le nourrir, les chats ont pris l'habitude de lui rapporter des restes de nourriture qu'ils déposent dans son couffin.

    Quelques jours plus tard, la police retrouve le père de l'enfant sans-abri. Celui-ci leur explique qu'il avait perdu son enfant environ 10 jours plus tôt. Espérons qu'il a offert à ces 8 chats un beau cadeau !

    Le garçon retrouvé au fond d'une tanière de loups 

    Les enfants sauvages

    (L'Enfant loup

    Ce garçon surnommé Lyokha est une légende. En 2007, des salariés d'un hôpital découvrent un garçon dans une tanière de feuilles et de branchages dans la région de Kaluga, en Russie centrale. Il est entouré d'une meute de loups. Ils le récupèrent, lui donnent un nom - Lyokha donc - et observent qu'il se comporte vraiment comme un loup. Il a des traits de loups, des ongles acérés, des dents pointues, une démarche de loup...

    Ils lui donnent environ 10 ans mais malheureusement, Lyokha s'enfuit de l'hôpital où il est placé au bout de quelques jours et on n'en sait pas plus sur lui. Son origine est donc inconnue même si on imagine qu'il a été abandonné et recueilli par la meute... 

    Le petit enfant de 2 ans élevé par des chèvres 

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    Décidément, tous les animaux sont capables de bien s'occuper d'un enfant. Ce garçon qui est surnommé Sasha T est élevé par des chèvres durant les deux premières années de sa vie. Sa mère, Marina, 40 ans, ne veut pas s'occuper de lui. Elle le laisse donc dans la même pièce que les chèvres. Quand les travailleurs sociaux de la région de Rostov (Russie) arrivent au domicile, la mère est sortie mais ils constatent que l'enfant est sous-alimenté, il pèse trois fois moins qu'un enfant normal de son âge. En revanche, il est à l'aise avec les chèvres, il joue et dort avec elles. En revanche, il a peur des humains. Quand on lui propose de dormir dans un lit d'enfant, il refuse et préfère se mettre en dessous. 

    Le Sibérien élevé par des chiens après l'abandon de ses parents 

    enfants eleves par animaux 

    Un vrai miracle que cet enfant soit toujours en vie ! Sa mère quitte la maison alors que le petit bébé n'a que 3 mois, le laissant à son père alcoolique. Quelques temps plus tard, le père aussi s'enfuit et laisse l'enfant seul. Heureusement, le chien est resté et permet au petit Andrei Tolstyk de survivre. Il n'est trouvé par les services sociaux que 7 ans plus tard !

    Le petit n'a que des réflexes canins : il marche à quatre pattes, aboie et mord, et il renifle sa nourriture avant de la manger. Mais il est possible de communiquer avec lui grâce à quelques signes basiques.

    Depuis son arrivée dans un centre, le petit Andrei s'adapte, il marche sur deux jambes et a appris quelques petites choses, comme jouer avec les autres, faire son lit et manger avec une cuillère ! 

       

    Les enfants sauvages

    L'historien grec Hérodote nous rapporte, dès le 5ème siècle avant notre ère, qu'un pharaon, désirant découvrir le langage que les enfants parleraient spontanément, avait tenté une étrange expérience. Il s'agissait en réalité de connaître quelle était la " langue première " de l'humanité. On prit donc deux nouveau-nés à leurs parents et on les confia à un berger pour qu'il les élevât avec ses chèvres. Le pharaon avait ordonné que personne ne leur dise un mot et qu'ils vivent dans une cabane isolée du monde extérieur. Au moment voulu, ils devaient être allaités par les chèvres et ils devaient recevoir tous les soins dont ils auraient besoin. Malheureusement, Hérodote ne nous dit rien sur les résultats de cette curieuse expérience.

    Il est d'ailleurs plus que probable que les enfants soient restés complètement muets : l'enfant apprend sa langue en entendant parler ses parents.

    Au Moyen Age, l'empereur allemand Frédéric II de Hohenstaufen chercha lui aussi à savoir quelle sorte de langage et quelle façon de parler adopteraient des enfants élevés sans jamais parler à qui que ce fût. " Aussi nous dit, dans sa chronique, le moine franciscain Salimbene - demanda-t-il à des nourrices d'élever les enfants, de les baigner, de les laver, mais en aucune façon de babil1er avec eux ou de leur parler, car il voulait savoir s'ils parleraient l'hébreu, le plus ancien des langages (c' est tout au moins ce que l'on croyait à cette époque) ou le grec, ou le latin, ou l'arabe, ou peut-être encore le langage des parents dont ils étaient issus.

    " Mais il œuvra pour rien, car tous les enfants moururent... En effet, ils ne pouvaient pas survivre sans les visages souriants, les caresses et les paroles pleines d'amour de leurs nourrices. "
    Le XVIIIème siècle reprendra ce thème de l'enfant sauvage et, dans une pièce de théâtre, La Dispute, Marivaux mettra en scène un prince qui tente de renouveler l'expérience de Frédéric II : il décide que deux enfants mâles et deux enfants femelles soient élevés seuls à la campagne, gardés seulement par leurs parents nourriciers : deux personnes de race noire, le frère et la sœur :
    " Il y a dix-huit ou dix-neuf ans - explique-t-il à sa confidente lorsque commence la pièce - que mon père, naturellement philosophe, résolut de savoir à quoi s'en tenir par une épreuve qui ne laissait rien à désirer. Quatre enfants au berceau, deux de votre sexe et deux du nôtre, furent portés dans la forêt, où il avait fait bâtir cette maison exprès pour eux, où chacun d'eux fut logé à part, et où, actuellement même, il occupe un terrain dont il n'est jamais sorti, de sorte qu'ils ne se sont jamais vus.
    " Ils ne connaissaient encore que Mesrou et sa sœur qui les ont élevés et ont toujours eu soin d'eux, et qui furent choisis de la couleur dont ils sont afin que leurs élèves en fussent étonnés quand ils verraient d'autres hommes. On va donc pour la première fois leur laisser la liberté de sortir et de se connaître, on peut regarder le commerce qu'ils vont avoir ensemble comme le premier âge du monde. "

    Tous ces auteurs ne faisaient d'ailleurs que reprendre le mythe des anciens peuples, où l'on voit Remus et Romulus téter la louve et le jeune Jupiter boire le lait de la chèvre Amalthée. A l'époque historique, c'est par dizaines que l'on dénombre les enfants élevés par des animaux, loups ou autres mammifères. Au point que les philosophes des Lumières s'intéressent fort à ces cas étranges, Buffon et Condillac parlent d'eux, et Jean-Jacques Rousseau écrit :

    " Les enfants commencent à marcher à quatre pattes et ont besoin de notre exemple et de nos leçons pour apprendre à se tenir debout. L'enfant de Hesse avait été sauvé par des loups. Il avait tellement pris l'habitude de marcher comme les animaux qu'il fallut lui attacher des pièces de bois qui le forçaient à se tenir en équilibre sur ses deux pieds. " 

    " Il en était de même de l'enfant qu'on trouva dans les forêts de Lituanie et qui vivait parmi les ours. Il ne donnait, dit M. de Condillac, aucune marque de raison, marchait sur ses pieds et sur ses mains, n'avait aucun langage et formait des sons qui ne ressemblaient en rien à ceux d'un homme. Le petit sauvage d'Hanovre, qu'on mena il y a plusieurs années à la cour d'Angleterre, avait toutes les peines du monde à s'assujettir à marcher sur deux pieds ; et l'on trouve deux autres sauvages dans les Pyrénées qui couraient par la montagne à la manière des quadrupèdes. "

    L'enfant-loup de Wetteravie, trouvé en 1544 près d'Echzel, dans la forêt de Hardt, en Bavière, fut l'un des premiers dont l'histoire ait retenu le nom. Il avait environ douze ans lorsqu'il fut capturé par des hommes. Cette même année, un autre enfant était découvert, en Hesse, parmi des loups. L'historien Philippe Camerarius rapporte que ce garçon avait été enlevé à l'âge de trois ans par ces animaux et qu'il marchait à quatre pattes. Les loups, dit-il, s'étaient pris de tant d'affection pour lui qu'ils le nourrirent des meilleurs morceaux de leur proie, et l'exercèrent à la course jusqu'à ce qu'il fût en état de les suivre au trot et de faire les plus grands sauts.

    Ils prenaient grand soin de son bien-être, puisqu'ils avaient creusé une fosse pour l'abriter pendant la nuit et l'avaient garnie de feuilles. Ils se couchaient tous autour de lui pour le protéger du froid. Le naïf chroniqueur s'écrie : " Si c' est vrai, cela est digne d'admiration. " Faut-il s'étonner si, hébergé à la cour du Landgrave, Henri de Hesse, l'enfant-loup, avait dit qu'il préférait encore retourner avec les loups plutôt que de vivre parmi les hommes ? 

    Un beau jour de 1661, un enfant bien proportionné, à la peau très blanche, les cheveux blonds et les traits du visage agréables, fut trouvé par des chasseurs dans la forêt de Lituanie. Il vivait au milieu des ours, et se défendit avec les ongles et les dents contre ceux qui voulaient l'attraper. Il avait avec lui un compagnon de son âge, mais qui eut le temps de s'enfuir avant d'être capturé. 

    A la fin du siècle, et toujours en Lituanie, on prit un autre enfant parmi des ours : il avait une dizaine d'années, était couvert de poils et ne donnait, raconte-t-on, aucune marque de raison. Il n'articulait aucun langage humain. On parvint cependant à lui apprendre à se tenir debout, à se nourrir normalement et à prononcer quelques mots, mais, lorsqu'il fut en mesure de s'exprimer, il ne put se souvenir de son passé. 

    L'enfant-mouton, trouvé dans une forêt d'Irlande, en l672, mangeait de l'herbe et du foin qu'il choisissait à l'odorat. Il courait très vite et était fort agile. On le connaît bien, car il fut décrit par le célèbre professeur Nicola

    Tulp, qui servit de modèle à Rembrandt lorsque celui-ci peignit sa Leçon d'anatomie, œuvre qui fait toujours la gloire du musée d'Amsterdam. D'après lui, il avait le front plat, l'arrière de la tête allongé, la langue épaisse et le ventre enfoncé, particularité due, d'après le professeur, à son habitude de marcher à quatre pattes. Enfin il bêlait au lieu de parler. 

    Un cas semblable existait à la fin du XVIème siècle à Bamberg, en Allemagne. Il s'agissait cette fois d'un enfant qui avait été élevé parmi les bœufs et qui se battait à coups de dents avec les plus grands chiens, qu'il parvenait ainsi à mettre en fuite. 

    Vient ensuite l'affaire tout aussi curieuse d'une " fille sauvage " ... 

    En 1717, on découvre la première " fille sauvage ", dans la province hollandaise d'Overyssel. Elle avait été enlevée à seize mois à ses parents et avait dix-neuf ans lorsqu'on la captura. On ignorait cependant le temps qu'elle avait passé dans les forêts. Sa peau était basanée et couverte de poils, et ses cheveux, très longs, flottaient sur ses épaules. Elle ne parlait pas et se nourrissait d'herbes et de feuillages. On ne parle pas d'animaux à son propos. Elle ne sut jamais parler, mais communiquait par signes. On lui apprit à filer la laine, et elle exerça cette occupation jusqu'à sa mort. 

    Deux ans plus tard, deux enfants trouvés dans les Pyrénées, courant et sautant dans les montagnes à la manière des isards, firent beaucoup parler d'eux, et Jean-Jacques Rousseau les mentionna; mais on sait finalement bien peu de choses sur leur compte. 

    Un enfant sauvage mieux connu fut celui de Hameln, dans le Hanovre. Le jeune Peter avait été abandonné dans la forêt par ses parents et ne fut retrouvé qu'en 1724, à l'âge de treize ans. Il préférait les fruits et l'écorce des jeunes arbres au pain qu'on lui présentait. Il était fort sale, et son corps était marqué de plusieurs cicatrices. Son caractère était farouche et agressif au début, mais il devint plus tard beaucoup plus traitable. Ce jeune garçon marchait sur ses deux pieds, il courait très vite et ne grimpait pas aux arbres. 

    Très vorace, il ne put jamais que prononcer quelques mots pour demander de la nourriture. Le roi d'Angleterre, George Ier, qui était également électeur du Hanovre, s'intéressa à lui et l'emmena en Grande-Bretagne où il essaya de le faire éduquer. L'enfant de Hameln apprit peu à peu à supporter les vêtements et manifestait un grand plaisir en écoutant de la musique. 

    Un autre de ces enfants, Jean de Liège, perdu par ses parents à l'âge de cinq ans et retrouvé seize ans après, retint l'attention du naturaliste Linné, qui en parle dans ses ouvrages. Il se nourrissait surtout des légumes qu'il trouvait dans la terre. 

    La fille sauvage de Karpfen, capturée en 1767 en Basse Hongrie, était nue. Son corps était robuste, et il fallut la tirer de force de la tanière où elle s'était réfugiée. Conduite à l'hôpital de Karpfen, elle refusa de manger des aliments cuits, mais faisait ses délices de la viande crue et des écorces d'arbres. On ne sut jamais comment elle avait pu survivre dans ces forêts inaccessibles, où pullulaient des animaux féroces, ours et loups. 

    En 1831, on fit mention d'une fille-truie, découverte dans la région de Salzbourg, en Autriche, qui, ayant été élevée dans une porcherie, imitait le grognement des cochons. L'enfant-porc d'Overdyke, lui, avait une prédilection pour les salades, et un autre enfant sauvage de cette région, élevé parmi les loups, grimpait aux arbres, criait comme un oiseau et dénichait les œufs dont il se montrait très friand. Avec l'enfant-loup de Kronstadt, en Russie, décrit par l'Allemand August Rauber dans un ouvrage paru en l885, et qui était fort sensible aux sons du piano, s'achève la liste des enfants sauvages de l'Europe. Aux XIXe et XXe siècles, la plupart des cas semblables signalés concernent des individus nés en Asie méridionale ou en Afrique. 

    Tous les cas que nous avons relevés sont, il faut le reconnaître, entourés de beaucoup d'obscurité, et l'on peut se poser nombre de questions à leur égard. Il existe pourtant deux enfants européens dont l'histoire est bien connue et sur lesquels il faut revenir. Il s'agit de la fille-sauvage de Songy, en Champagne, et de l'enfant-loup de l'Aveyron, le petit Victor, qu'un film a, de nos jours, rendu célèbre. 

    Un soir du mois de septembre de l'année 1731, alors que Louis XV régnait sur la France, les habitants du petit village de Songy, en Champagne, au sud de Châlons-sur-Marne, éprouvèrent une grande frayeur. Ils virent une étrange créature, pieds nus, couverte de haillons, cheveux emmêlés, le visage et les mains noirs comme de la suie et tenant un bâton. " Voilà le diable ! " s' écrièrent-ils à cette apparition, et ils s'enfuirent au plus vite dans leurs maisons, s'y barricadèrent et lâchèrent leurs chiens contre elle. La " sauvage " les attendit de pied ferme et tua d'un coup de son gourdin le premier qui approcha, un terrible molosse armé d'un collier à pointes de fer. Elle s'éloigna ensuite dans la campagne, grimpa dans un arbre et s'y endormit.

    Un noble du voisinage, le vicomte d'Épinoy, alerté par ses paysans, décida de s'en emparer. Il employa une ruse très simple : on mit un seau d'eau au pied de l'arbre en espérant la capturer lorsqu'elle descendrait se désaltérer. Mais cette créature remontait aussitôt qu'elle avait bu.

    On imagina alors de la prendre par la faim. Une femme se tint près de son refuge avec des poissons à la main. La fille finit par descendre, et la femme s'éloigna tout doucement, l'entraînant sur ses pas juste pour laisser aux hommes postés près de là le temps d'accourir et de la capturer. Conduite aux cuisines du château, elle se jeta sur les aliments qu'on lui présenta et, en présence du vicomte, écorcha un lapin qu'on lui présentait et le mangea tout cru.

    On tenta alors de la soumettre à un régime alimentaire normal, mais elle se mit à dépérir. On lui permit donc de consommer de la viande crue; on lui apportait un poulet ou un lapin vivant dont elle suçait le sang tout chaud, ce qui lui faisait, disait-elle, " comme un baume qui s'insinuait partout et lui redonnait des forces ".

    Le vicomte d'Épinoy la fit élever ensuite chez des religieuses, soit à Châlons, soit à Vitry-le-François ; après la mort du vicomte, ce fut l'évêque de Châlons, Choiseul, qui en prit soin. En l747, placée dans un autre couvent, les clarisses de Sainte-Menehould, elle reçut la visite du savant La Condamine, qui l'interrogea sur son passé.

    Elle était alors la protégée du duc Louis d'Orléans, le fils du Régent, qui payait sa pension. Elle avait perdu son comportement sauvage et était devenue Mlle Leblanc. Le duc la fit entrer dans une autre maison de religieuses de Paris où elle fit sa première communion. Elle se disposait à devenir religieuse lorsqu'elle tomba gravement malade et perdit son protecteur. Les hospitalières qui l'hébergeaient la traitèrent durement, la croyant désormais sans ressources. Heureusement, alerté par Louis Racine et La Condamine, le nouveau duc d'Orléans continua à son égard les charités de son père. Elle put entrer au couvent de la Visitation de Chaillot, où elle mourut en 1788 à la veille de la Révolution.

    Quelles pouvaient donc être les origines de la mystérieuse " fille de Songy " ? La Condamine, qui l'interrogea, a essayé d'élucider cette énigme en croyant pouvoir affirmer qu'elle était née chez les Esquimaux du nord de l'Amérique. Il s'appuyait sur certaines de ses confidences.

    " Je suppose, écrit La Condamine, qu'un capitaine de navire parti de la Hollande, de l'Ecosse ou de quelque port de Norvège ait enlevé des esclaves dans les terres arctiques, ou dans la terre du Labrador, et qu'il les ait transportés pour les vendre dans quelqu'une des colonies européennes des îles Antilles. Elle y aura vu et mangé des cannes à sucre et du manioc. Le même capitaine peut avoir ramené quelques-uns des ces esclaves en Europe, soit qu'il n'eût pas trouvé à s'en défaire avantageusement, soit par caprice ou curiosité, et la jeunesse de notre petite sauvage peut fort naturellement lui avoir valu cette préférence ; dans ce cas, il est probable qu'il l'aura vendue ou donnée en présent à son arrivée en Europe. "

    " Il est encore assez vraisemblable que, par plaisanterie ou par fraude, on se soit avisé de la peindre en noir, c'était le moyen de la faire passer pour une esclave de Guinée et de n'avoir point de comptes à rendre. Il y a en Amérique une plante dont on tire une eau qui, appliquée sur la peau, la noircit parfaitement. "

    La Condamine pensait également que, vendue dans un port de Hollande, ses nouveaux maîtres pouvaient l'avoir transportée dans la région des Ardennes, d'où elle se serait échappée, ou bien, désespérant de l'apprivoiser, ils l'auraient abandonnée. C'est ainsi qu'elle aurait gagné la Champagne.

    Le savant croyait-il à ce récit ? L'aventure de Mlle Leblanc comporte en effet bien des détails invraisemblables et qui relèvent plus de la fable que de l'analyse scientifique. Il faut d'ailleurs remarquer que La Condamine, qui revenait, à cette époque, du Pérou, où le gouvernement français l'avait chargé de mesurer le méridien terrestre, se garde bien de signer de son nom son Histoire d'une jeune fille sauvage, mais qu'il choisit comme pseudonyme, celui d'une certaine Mme Hecquet !

    En fait, le mystère n'a jamais été éclairci ; à défaut de documents sûrs, on serait plutôt tenté d'admettre que sa naissance en France a été clandestine et que, reculant devant un crime, on a préféré la faire nourrir dans quelque retraite isolée avant de lui donner la liberté, lorsqu'on a supposé qu'elle pouvait subvenir seule à ses besoins, jusqu'au moment où elle serait recueillie. Peut-être s'est-elle enfuie d'elle-même de l'endroit où on la tenait cachée.

    Quoi qu'il en soit, le mystère qui entoure les origines de cette malheureuse créature ne fut jamais parfaitement élucidé. 

    L'aventure du petit " Victor de l'Aveyron " est encore plus étrange ...

    L'aventure du petit Victor de l'Aveyron est une des affaires d'enfants sauvages les mieux connues.

    Victor fut l'objet d'une extraordinaire curiosité et provoqua des discussions passionnées. Certains soutenaient qu'il appartenait à une race " d'hommes des bois " qui auraient vécu parallèlement aux civilisés. D'autres parlaient même de " génération spontanée " !

    Son histoire commence en 1797 lorsqu'on aperçut pour la première fois, dans le bois de Lacaune (département du Tarn), un enfant entièrement nu qui fuyait l'approche des hommes.

    Cette découverte excita la curiosité et on se mit à sa recherche. On l'aperçut qui cherchait des glands et des racines, et on le captura, mais il réussit à s'échapper presque aussitôt. Des chasseurs le reprirent en juin 1799 : il s'évada de nouveau.

    Enfin, le 9 janvier 1800, il entrait dans le moulin du teinturier Vidal, à Saint-Sernin (Aveyron). Il avait la tête, les bras et les pieds nus, le reste du corps n'était couvert que des lambeaux d'une vieille chemise qu'on lui avait donnée à Lacaune six mois auparavant. Victor ne prononçait alors aucun mot et paraissait ne pas entendre. On le crut sourd et muet. Malgré les rigueurs de l'hiver, il ne pouvait souffrir le moindre vêtement, et on mit longtemps à l'habituer à coucher dans un lit. Lorsqu'il cherchait à s'enfuir, il marchait à quatre pattes.

    Les journaux de la capitale ayant fait mention du " sauvage de l'Aveyron ", tout Paris se mit à parler de lui.

    Cet enfant d'une douzaine d'années mesurait 1,36 m, avait la peau blanche et fine, le visage rond, les yeux noirs et enfoncés, les cheveux châtains, le nez long et aquilin. Sa physionomie était gracieuse : il souriait volontiers, et son corps présentait la particularité d'être couvert de cicatrices, dont certaines paraissaient avoir été faites par un instrument tranchant. Quelques-uns en conclurent que les auteurs de ses jours avaient tenté de l'immoler avant de l'abandonner dans les bois.

    A la fin de septembre 1800, le ministre de l'Intérieur demanda qu'il fût amené à Paris. Il devait y jouir d'une vogue extraordinaire : n'avait-il pas été découvert à la fin du XVIIIe siècle, au cours duquel les philosophes avaient discouru sur le " bon sauvage " et "l' homme de la nature " ?

    Toutefois, les bons esprits comme les gens du monde furent déçus par cet enfant qui présentait tous les caractères de l'arriération mentale, qui était malpropre, muet, indifférent à tout ce qui l'entourait et qui se balançait sans cesse à la façon d'un idiot.

    Les " psychiatres " de l'époque, Esquirol et Pinel, le jugèrent inguérissable. Telle ne fut pas heureusement l'opinion du nouveau directeur de l'Institut des sourds-muets, Jean-Marc Gaspard Itard. Aussi grand savant qu'homme au cœur admirable, Itard ne partageait pas l'avis de Pinel. Il se posa à son propos la question de savoir quels seraient le degré d'intelligence et la nature des idées d'un adolescent qui, privé dès son enfance de toute éducation, aurait vécu entièrement séparé des individus de son espèce. Il conclut justement que ce tableau moral correspondait à l'enfant confié à ses soins.

    Itard voulut aussi répondre à tous ceux qui proclamaient que le petit Victor était un idiot irréductible abandonné pour cette raison par ses parents : " Ceux qui se sont livrés à une pareille supposition, écrit-il, n'ont point observé cet enfant peu de temps après son arrivée à Paris. Ils auraient vu que toutes ses habitudes portaient l'empreinte d'une vie errante et solitaire : aversion insurmontable pour la société et pour ses usages, nos habillements, nos meubles, le séjour de nos appartements, la préparation de nos mets, indifférence profonde pour les objets de nos désirs et de nos besoins, goût passionné pour la liberté des champs, si vif encore dans son état actuel, malgré ses besoins nouveaux et ses affections naissantes ; que pendant un court séjour qu'il a fait à Montmorency, il se serait infailliblement évadé dans la forêt sans les précautions les plus sévères, et que, deux fois, il s'est échappé de la maison des sourds-muets, malgré la surveillance de sa gouvernante.

    " Il avait été vu, plus de cinq ans auparavant, entièrement nu et fuyant l'approche des hommes, ce qui suppose qu'il était déjà, lors de sa première apparition, habitué à ce genre de vie, habitude qui ne pouvait être le résultat que de deux ans au moins de séjour dans des lieux inhabités. Ainsi, cet enfant a passé dans une solitude absolue sept ans à peu près sur douze, qui composaient l'âge qu'il pouvait avoir quand il fut pris dans le bois de Lacaune.

    " Il est donc probable qu'il a été abandonné à l'âge de quatre ou cinq ans, et que s'il devait avoir déjà à cette époque quelques idées et quelque commencement d'éducation, tout cela se sera effacé de sa mémoire par suite de son isolement. Voilà quelle m'a paru être la cause de son état actuel. On voit pourquoi j'en augurais favorablement pour le succès de mes soins. En effet, sous le rapport du peu de temps qu'il était parmi les hommes, le sauvage de l'Aveyron était bien moins un adolescent imbécile qu'un enfant âgé de dix ou douze mois ..."

    Le diagnostic, d'une remarquable justesse, allait permettre au docteur Itard d'obtenir des succès dans sa tentative d'humaniser son patient. Au prix d'un effort d'une grande patience, poursuivi durant de longues années, et qui demanda au savant des trésors d'affection pour le petit déshérité, il parvint à le faire parler et lire ses lettres. Aidé par une femme admirable, Mme Guérin, la gouvernante de l'enfant, il développa également ses qualités de cœur, et Victor s'attacha à ceux que l'on peut appeler " ses sauveurs ".

    Itard, dans deux Mémoires publiés en 1801 et en 1806, et qui font aujourd'hui encore l'admiration des spécialistes, a raconté les étapes de cette éducation : dès 180l, le " sauvage de l'Aveyron " s'habille lui-même, sait mettre le couvert et se tenir convenablement à table ; il va puiser de l'eau et apporte à son bienfaiteur les affaires dont il a besoin. Il s'amuse à traîner une petite voiture et il commence aussi à lire. Cinq années plus tard, il a fait des progrès : il peut fabriquer de petits objets, coupe le bois de la maison et se rend utile en aidant Mme Guérin aux travaux ménagers.

    La gloire d'Itard est alors à son apogée : plusieurs souverains étrangers, comme l'empereur de Russie, lui offrent dans leur pays de riches sinécures. Mais il préférera toujours l'éducation des sourds-muets et des enfants arriérés mentaux, auxquels il consacrera ainsi quarante années de sa vie.

    En l807, ne pouvant plus guère améliorer l'état de Victor, Itard décida de le confier entièrement aux soins de la bonne Mme Guérin, et c'est à elle que le ministre de l'Intérieur continua de payer sa pension. Le jeune homme vivra désormais chez elle, dans une annexe de l'institution, où il mourra quadragénaire, au début de l'année 1828.

    Son éducation resta cependant incomplète à cause de la nullité presque absolue des organes de l'ouïe et de ses difficultés d'élocution. Ses facultés intellectuelles et affectives ne se développèrent que lentement. Néanmoins, les changements survenus dans l'état du petit Victor furent considérables : Itard, dans le rapport qu'il dressa, fit justement remarquer que le perfectionnement de la vue et du toucher et les nouvelles jouissances du goût, en multipliant les sensations et les idées de notre sauvage, avaient puissamment contribué au développement des facultés intellectuelles.

    Il nota aussi qu'on trouvait, entre autres changements, la connaissance des signes de la pensée, l'application de cette connaissance à la désignation et à l'énonciation de leurs qualités et de leurs actions, d'où l'étendue des relations de l'élève avec les personnes de son environnement, la faculté de leur exprimer ses besoins, d'en recevoir des ordres et de faire avec elles un continuel échange de pensées.

    Enfin, il remarqua que, malgré son goût immodéré pour la liberté des champs et son indifférence pour la plupart des jouissances de la vie sociale, Victor s'était montré reconnaissant des soins, " susceptible d'une amitié caressante, sensible au plaisir de bien faire, honteux de ses méprises et repentant de ses emportements ".

    Grâce au docteur Itard, Victor, seul de tous les enfants sauvages qui l'ont précédé, aura eu la chance de pouvoir accéder à une forme appréciable d'humanité. L'humble enfant du bois de Lacaune aura aussi eu le mérite de faire progresser la science médicale dans le traitement des enfants arriérés. Itard sera alors considéré comme le promoteur de l'éducation des arriérés.

    Chemin immense parcouru, depuis les mythologies de l'Antiquité et les bavardages du siècle des Lumières, dans une science qui a fait progresser finalement la connaissance de notre humanité dans ce qu'elle a de plus profond. 

       

     LES ENFANTS SAUVAGES

    Les enfants-loups existent-ils ? par  apophtegme

    Mowgli, le héros du Livre de la Jungle du grand écrivain anglais Rudyard Kipling, a popularisé le thème des enfants sauvages. Les enfants-loups existent-ils ? Cette énigme a préoccupé les hommes depuis les temps les plus lointains. Le débat est essentiel : quelle est la frontière entre l'état animal et l'état humain ?

    L'historien grec Hérodote nous rapporte, dès le 5e siècle avant notre ère, qu'un pharaon, désirant découvrir le langage que les enfants parleraient spontanément, avait tenté une étrange expérience. Il s'agissait en réalité de connaître quelle était la "langue première" de l'humanité.

    On prit donc deux nouveau-nés à leurs parents et on les confia à un berger pour qu'il les élevât avec ses chèvres. Le pharaon avait ordonné que personne ne leur dise un mot et qu'ils vivent dans une cabane isolée du monde extérieur. Au moment voulu, ils devaient être allaités par les chèvres et ils devaient recevoir tous les soins dont ils auraient besoin. Malheureusement, Hérodote ne nous dit rien sur les résultats de cette curieuse expérience.

    Il est d'ailleurs plus que probable que les enfants soient restés complètement muets : l'enfant apprend sa langue en entendant parler ses parents.

    Nous connaissons tous le mythe fondateur de Rome: Roumulus et Rémus son frère jumeau fils du dieu Mars et d'une vestale jetés dans le Tibre et allaités par une louve.

    Remus et Romulus
    Remus et Romulus
    L'expérience de Frédéric II

    Au Moyen Age, l'empereur allemand Frédéric II de Hohenstaufen chercha lui aussi à savoir quelle sorte de langage et quelle façon de parler adopteraient des enfants élevés sans jamais parler à qui que ce fût. "Aussi nous dit, dans sa chronique, le moine franciscain Salimbene - demanda-t-il à des nourrices d'élever les enfants, de les baigner, de les laver, mais en aucune façon de babiller avec eux ou de leur parler, car il voulait savoir s'ils parleraient l'hébreu, le plus ancien des langages (c'est tout au moins ce que l'on croyait à cette époque) ou le grec, ou le latin, ou l'arabe, ou peut-être encore le langage des parents dont ils étaient issus.

    "Mais il œuvra pour rien, car tous les enfants moururent... En effet, ils ne pouvaient pas survivre sans les visages souriants, les caresses et les paroles pleines d'amour de leurs nourrices."

    Marivaux : La Dispute

    Le XVIIIe siècle reprendra ce thème de l'enfant sauvage et, dans une pièce de théâtre, La Dispute, Marivaux mettra en scène un prince qui tente de renouveler l'expérience de Frédéric II : il décide que deux enfants mâles et deux enfants femelles soient élevés seuls à la campagne, gardés seulement par leurs parents nourriciers : deux personnes de race noire, le frère et la sœur :

    "Il y a dix-huit ou dix-neuf ans - explique-t-il à sa confidente lorsque commence la pièce - que mon père, naturellement philosophe, résolut de savoir à quoi s'en tenir par une épreuve qui ne laissait rien à désirer. Quatre enfants au berceau, deux de votre sexe et deux du nôtre, furent portés dans la forêt, où il avait fait bâtir cette maison exprès pour eux, où chacun d'eux fut logé à part, et où, actuellement même, il occupe un terrain dont il n'est jamais sorti, de sorte qu'ils ne se sont jamais vus.

    "Ils ne connaissaient encore que Mesrou et sa sœur qui les ont élevés et ont toujours eu soin d'eux, et qui furent choisis de la couleur dont ils sont afin que leurs élèves en fussent étonnés quand ils verraient d'autres hommes. On va donc pour la première fois leur laisser la liberté de sortir et de se connaître, on peut regarder le commerce qu'ils vont avoir ensemble comme le premier âge du monde."

    Tous ces auteurs ne faisaient d'ailleurs que reprendre le mythe des anciens peuples, où l'on voit Remus et Romulus téter la louve et le jeune Jupiter boire le lait de la chèvre Amalthée. A l'époque historique, c'est par dizaines que l'on dénombre les enfants élevés par des animaux, loups ou autres mammifères. Au point que les philosophes des Lumières s'intéressent fort à ces cas étranges, Buffon et Condillac parlent d'eux, et Jean-Jacques Rousseau écrit :

    "Les enfants commencent à marcher à quatre pattes et ont besoin de notre exemple et de nos leçons pour apprendre à se tenir debout. L'enfant de Hesse avait été sauvé par des loups. Il avait tellement pris l'habitude de marcher comme les animaux qu'il fallut lui attacher des pièces de bois qui le forçaient à se tenir en équilibre sur ses deux pieds."

    Enfant sauvage et loup
    Enfant sauvage jouant avec un loup
    De belles légendes

    Il en était de même de l'enfant qu'on trouva dans les forêts de Lituanie et qui vivait parmi les ours. Il ne donnait, dit M. de Condillac, aucune marque de raison, marchait sur ses pieds et sur ses mains, n'avait aucun langage et formait des sons qui ne ressemblaient en rien à ceux d'un homme.

    Le petit sauvage d'Hanovre, qu'on mena il y a plusieurs années à la cour d'Angleterre, avait toutes les peines du monde à s'assujettir à marcher sur deux pieds ; et l'on trouve deux autres sauvages dans les Pyrénées qui couraient par la montagne à la manière des quadrupèdes.

    L'enfant-loup de Wetteravie, trouvé en 1544 près d'Echzel, dans la forêt de Hardt, en Bavière, fut l'un des premiers dont l'histoire ait retenu le nom. Il avait environ douze ans lorsqu'il fut capturé par des hommes. Cette même année, un autre enfant était découvert, en Hesse, parmi des loups. L'historien Philippe Camerarius rapporte que ce garçon avait été enlevé à l'âge de trois ans par ces animaux et qu'il marchait à quatre pattes. Les loups, dit-il, s'étaient pris de tant d'affection pour lui qu'ils le nourrirent des meilleurs morceaux de leur proie, et l'exercèrent à la course jusqu'à ce qu'il fût en état de les suivre au trot et de faire les plus grands sauts.

    Ils prenaient grand soin de son bien-être, puisqu'ils avaient creusé une fosse pour l'abriter pendant la nuit et l'avaient garnie de feuilles. Ils se couchaient tous autour de lui pour le protéger du froid. Le naïf chroniqueur s'écrie : Si c' est vrai, cela est digne d'admiration. Faut-il s'étonner si, hébergé à la cour du Landgrave, Henri de Hesse, l'enfant-loup, avait dit qu'il préférait encore retourner avec les loups plutôt que de vivre parmi les hommes ?

    Un beau jour de 1661, un enfant bien proportionné, à la peau très blanche, les cheveux blonds et les traits du visage agréables, fut trouvé par des chasseurs dans la forêt de Lituanie. Il vivait au milieu des ours, et se défendit avec les ongles et les dents contre ceux qui voulaient l'attraper. Il avait avec lui un compagnon de son âge, mais qui eut le temps de s'enfuir avant d'être capturé.

    A la fin du XIXe siècle, et toujours en Lituanie, on prit un autre enfant parmi des ours : il avait une dizaine d'années, était couvert de poils et ne donnait, raconte-t-on, aucune marque de raison. Il n'articulait aucun langage humain. On parvint cependant à lui apprendre à se tenir debout, à se nourrir normalement et à prononcer quelques mots, mais, lorsqu'il fut en mesure de s'exprimer, il ne put se souvenir de son passé.

    L'enfant-mouton, trouvé dans une forêt d'Irlande, en l672, mangeait de l'herbe et du foin qu'il choisissait à l'odorat. Il courait très vite et était fort agile. On le connaît bien, car il fut décrit par le célèbre professeur Nicola.

    Tulp, qui servit de modèle à Rembrandt lorsque celui-ci peignit sa Leçon d'anatomie, œuvre qui fait toujours la gloire du musée d'Amsterdam. D'après lui, il avait le front plat, l'arrière de la tête allongé, la langue épaisse et le ventre enfoncé, particularité due, d'après le professeur, à son habitude de marcher à quatre pattes. Enfin il bêlait au lieu de parler.

    Un cas semblable existait à la fin du XVIème siècle à Bamberg, en Allemagne. Il s'agissait cette fois d'un enfant qui avait été élevé parmi les bœufs et qui se battait à coups de dents avec les plus grands chiens, qu'il parvenait ainsi à mettre en fuite.

    La fille sauvage d'Overyssel

    En 1717, on découvre la première "fille sauvage", dans la province hollandaise d'Overyssel. Elle avait été enlevée à seize mois à ses parents et avait dix-neuf ans lorsqu'on la captura. On ignorait cependant le temps qu'elle avait passé dans les forêts. Sa peau était basanée et couverte de poils, et ses cheveux, très longs, flottaient sur ses épaules. Elle ne parlait pas et se nourrissait d'herbes et de feuillages. On ne parle pas d'animaux à son propos. Elle ne sut jamais parler, mais communiquait par signes. On lui apprit à filer la laine, et elle exerça cette occupation jusqu'à sa mort.

    Deux ans plus tard, deux enfants trouvés dans les Pyrénées, courant et sautant dans les montagnes à la manière des isards, firent beaucoup parler d'eux, et Jean-Jacques Rousseau les mentionna; mais on sait finalement bien peu de choses sur leur compte.

    Un enfant sauvage mieux connu fut celui de Hameln, dans le Hanovre. Le jeune Peter avait été abandonné dans la forêt par ses parents et ne fut retrouvé qu'en 1724, à l'âge de treize ans. Il préférait les fruits et l'écorce des jeunes arbres au pain qu'on lui présentait. Il était fort sale, et son corps était marqué de plusieurs cicatrices. Son caractère était farouche et agressif au début, mais il devint plus tard beaucoup plus traitable. Ce jeune garçon marchait sur ses deux pieds, il courait très vite et ne grimpait pas aux arbres.

    Enfant sauvage Hameln

    L'enfant de Hameln

    Très vorace, il ne put jamais que prononcer quelques mots pour demander de la nourriture. Le roi d'Angleterre, George Ier, qui était également électeur du Hanovre, s'intéressa à lui et l'emmena en Grande-Bretagne où il essaya de le faire éduquer. L'enfant de Hameln apprit peu à peu à supporter les vêtements et manifestait un grand plaisir en écoutant de la musique.

    Un autre de ces enfants, Jean de Liège, perdu par ses parents à l'âge de cinq ans et retrouvé seize ans après, retint l'attention du naturaliste Linné, qui en parle dans ses ouvrages. Il se nourrissait surtout des légumes qu'il trouvait dans la terre. (voir plus loin Jean de Liège)

    La fille sauvage de Karpfen, capturée en 1767 en Basse Hongrie, était nue. Son corps était robuste, et il fallut la tirer de force de la tanière où elle s'était réfugiée. Conduite à l'hôpital de Karpfen, elle refusa de manger des aliments cuits, mais faisait ses délices de la viande crue et des écorces d'arbres. On ne sut jamais comment elle avait pu survivre dans ces forêts inaccessibles, où pullulaient des animaux féroces, ours et loups.

    En 1831, on fit mention d'une fille-truie, découverte dans la région de Salzbourg, en Autriche, qui, ayant été élevée dans une porcherie, imitait le grognement des cochons. L'enfant-porc d'Overdyke, lui, avait une prédilection pour les salades, et un autre enfant sauvage de cette région, élevé parmi les loups, grimpait aux arbres, criait comme un oiseau et dénichait les œufs dont il se montrait très friand. Avec l'enfant-loup de Kronstadt, en Russie, décrit par l'Allemand August Rauber dans un ouvrage paru en l885, et qui était fort sensible aux sons du piano, s'achève la liste des enfants sauvages de l'Europe. Aux XIXe et XXe siècles, la plupart des cas semblables signalés concernent des individus nés en Asie méridionale ou en Afrique.

    Tous les cas que nous avons relevés sont, il faut le reconnaître, entourés de beaucoup d'obscurité, et l'on peut se poser nombre de questions à leur égard. Il existe pourtant deux enfants européens dont l'histoire est bien connue et sur lesquels il faut revenir. Il s'agit de la fille-sauvage de Songy, en Champagne, et de l'enfant-loup de l'Aveyron, le petit Victor, qu'un film a, de nos jours, rendu célèbre. 

      Marie-Angélique l'inconnue de Songy

    sauvageonne songy

    Marie-Angélique Leblanc (1731)

    Un soir du mois de septembre de l'année 1731, alors que Louis XV régnait sur la France, les habitants du petit village de Songy, en Champagne, au sud de Châlons-sur-Marne, éprouvèrent une grande frayeur. Ils virent une étrange créature, pieds nus, couverte de haillons, cheveux emmêlés, le visage et les mains noirs comme de la suie et tenant un bâton. "Voilà le diable !" s'écrièrent-ils à cette apparition, et ils s'enfuirent au plus vite dans leurs maisons, s'y barricadèrent et lâchèrent leurs chiens contre elle. La "sauvage" les attendit de pied ferme et tua d'un coup de son gourdin le premier qui approcha, un terrible molosse armé d'un collier à pointes de fer. Elle s'éloigna ensuite dans la campagne, grimpa dans un arbre et s'y endormit.

    Un noble du voisinage, le vicomte d'Épinoy, alerté par ses paysans, décida de s'en emparer. Il employa une ruse très simple : on mit un seau d'eau au pied de l'arbre en espérant la capturer lorsqu'elle descendrait se désaltérer. Mais cette créature remontait aussitôt qu'elle avait bu.

    On imagina alors de la prendre par la faim. Une femme se tint près de son refuge avec des poissons à la main. La fille finit par descendre, et la femme s'éloigna tout doucement, l'entraînant sur ses pas juste pour laisser aux hommes postés près de là le temps d'accourir et de la capturer. Conduite aux cuisines du château, elle se jeta sur les aliments qu'on lui présenta et, en présence du vicomte, écorcha un lapin qu'on lui présentait et le mangea tout cru.

    On tenta alors de la soumettre à un régime alimentaire normal, mais elle se mit à dépérir. On lui permit donc de consommer de la viande crue; on lui apportait un poulet ou un lapin vivant dont elle suçait le sang tout chaud, ce qui lui faisait, avoua-t-elle bien des années plus tard, "comme un baume qui s'insinuait partout et lui redonnait des forces".

    sauvageonne songy

    Marie-Angélique Leblanc

    Le vicomte d'Épinoy la fit élever ensuite chez des religieuses de Châlons qui la civilisèrent avec patience, puis chez d'autres sœurs à Vitry-le-François. Après la mort du vicomte, ce fut l'évêque de Châlons, Choiseul, qui en prit soin. En l747, placée dans un autre couvent, chez les clarisses de Sainte-Menehould, elle reçut la visite du savant La Condamine, qui l'interrogea sur son passé.

    Elle était alors la protégée du duc Louis d'Orléans, le fils du Régent, qui payait sa pension. Elle avait perdu son comportement sauvage et était devenue Mlle Leblanc. Le duc la fit entrer dans une autre maison de religieuses de Paris où elle fit sa première communion. Elle se disposait à devenir religieuse lorsqu'elle tomba gravement malade et perdit son protecteur. Les hospitalières qui l'hébergeaient la traitèrent durement, la croyant désormais sans ressources. Heureusement, alerté par Louis Racine et La Condamine, le nouveau duc d'Orléans continua à son égard les charités de son père. Elle put entrer au couvent de la Visitation de Chaillot, où elle mourut en 1788 à la veille de la Révolution.

    Quelles pouvaient donc être les origines de la mystérieuse "fille de Songy" ? La Condamine, qui l'interrogea, a essayé d'élucider cette énigme en croyant pouvoir affirmer qu'elle était née chez les Esquimaux du nord de l'Amérique. Il s'appuyait sur certaines de ses confidences.

    "Je suppose, écrit La Condamine, qu'un capitaine de navire parti de la Hollande, de l'Ecosse ou de quelque port de Norvège ait enlevé des esclaves dans les terres arctiques, ou dans la terre du Labrador, et qu'il les ait transportés pour les vendre dans quelqu'une des colonies européennes des îles Antilles. Elle y aura vu et mangé des cannes à sucre et du manioc. Le même capitaine peut avoir ramené quelques-uns des ces esclaves en Europe, soit qu'il n'eût pas trouvé à s'en défaire avantageusement, soit par caprice ou curiosité, et la jeunesse de notre petite sauvage peut fort naturellement lui avoir valu cette préférence ; dans ce cas, il est probable qu'il l'aura vendue ou donnée en présent à son arrivée en Europe."

    "Il est encore assez vraisemblable que, par plaisanterie ou par fraude, on se soit avisé de la peindre en noir, c'était le moyen de la faire passer pour une esclave de Guinée et de n'avoir point de comptes à rendre. Il y a en Amérique une plante dont on tire une eau qui, appliquée sur la peau, la noircit parfaitement."

    La Condamine pensait également que, vendue dans un port de Hollande, ses nouveaux maîtres pouvaient l'avoir transportée dans la région des Ardennes, d'où elle se serait échappée, ou bien, désespérant de l'apprivoiser, ils l'auraient abandonnée. C'est ainsi qu'elle aurait gagné la Champagne.

    Le savant croyait-il à ce récit ? L'aventure de Mlle Leblanc comporte en effet bien des détails invraisemblables et qui relèvent plus de la fable que de l'analyse scientifique. Il faut d'ailleurs remarquer que La Condamine, qui revenait, à cette époque, du Pérou, où le gouvernement français l'avait chargé de mesurer le méridien terrestre, se garde bien de signer de son nom son &Histoire d'une jeune fille sauvage, mais qu'il choisit comme pseudonyme, celui d'une certaine Mme Hecquet !

    En fait, le mystère n'a jamais été éclairci ; à défaut de documents sûrs, on serait plutôt tenté d'admettre que sa naissance en France a été clandestine et que, reculant devant un crime, on a préféré la faire nourrir dans quelque retraite isolée avant de lui donner la liberté, lorsqu'on a supposé qu'elle pouvait subvenir seule à ses besoins, jusqu'au moment où elle serait recueillie. Peut-être s'est-elle enfuie d'elle-même de l'endroit où on la tenait cachée.

    Quoi qu'il en soit, le mystère qui entoure les origines de cette malheureuse créature ne fut jamais parfaitement élucidé.

    Autre son de cloche : Marie-Angélique Leblanc

    En septembre 1731, une fillette de neuf ou dix ans entra dans le village de Songy (ou Soigny)... le fait est que ces deux localités se trouvent dans le département de la Marne, sur la rivière du même nom). Elle portait un bâton, dont elle usa pour tuer net un chien qui se jetait sur elle. Elle figure, avec huit autres cas, parmi les exemples d'Homo sapiens ferus cités par Linné. Elle finit par apprendre à parler, entra en religion, et finit pieusement ses jours dans un couvent.

    Personne, à ma connaissance, n'a voulu y voir autre chose qu'une enfant abandonnée par sa famille. Je me garderai de rien affirmer, mais enfin, certains détails sonnent bizarrement, pas assez pour être péremptoires, mais quand même.

    Elle courait d'une manière très anormale, et néanmoins plus vite qu'aucun homme, ce qui ne s'explique guère pour une enfant abandonnée mais est troublant à la lumière des témoignages sur les almastys du Caucase et bien d'autres.

    De même, elle nageait très bien, y compris en plein hiver.

    Elle a été considérée d'abord par les gens de l'endroit comme le Diable, puis, alors qu'elle s'apprivoisait peu à peu, comme "la bête du berger". Son humanité n'était donc pas évidente avant qu'elle ne parle ?

    Certains ont cru devoir supposer qu'elle était esquimaude (ethnie très peu connue à l'époque, à la limite du monde connu), ce qui suggère une apparence physique un peu hors norme.

    Elle était vêtue au moment de sa reddition de loques et de peaux de bêtes. Une femme lui aurait donné des vêtements. Mais des peaux de bêtes ? Il est exclu qu'une enfant abandonnée à elle-même ait pu spontanément apprendre à s'en couvrir, et cela ne faisait pas partie du costume champenois à cette époque. Alors, je reconnais que c'est tiré par les... poils, mais on peut se demander (sans plus !) si elle n'était pas en fait couverte d'une "fourrure", mais la sienne, donnée par la nature, ce que les commentateurs n'auraient pas compris, ou pas admis, et traduit de la seule façon qui leur paraissait acceptable.

    Elle avait des pouces anormalement longs, ce qui est un trait néandertalien.

    Ce dernier détail physique est à peu près le seul, objectivement, qui induise positivement un doute. C'est bien peu dira-t-on, comme pour Victor. Mais le même raisonnement s'impose au sujet du crâne. (voir Frank Tinlant, opus cité).

    Victor enfant sauvage de l'Aveyron 

    Victor Enfant sauvage
    Victor enfant sauvage de l'Aveyron

    L'aventure du petit "Victor de l'Aveyron" est encore plus étrange ... mais également l'une des affaires d'enfants sauvages les mieux connues.

    Victor fut l'objet d'une extraordinaire curiosité et provoqua des discussions passionnées. Certains soutenaient qu'il appartenait à une race "d'hommes des bois" qui auraient vécu parallèlement aux civilisés. D'autres parlaient même de "génération spontanée " !

    Son histoire commence en 1797 lorsqu'on aperçut pour la première fois, dans le bois de Lacaune (département du Tarn), un enfant entièrement nu qui fuyait l'approche des hommes.

    Cette découverte excita la curiosité et on se mit à sa recherche. On l'aperçut qui cherchait des glands et des racines, et on le captura, mais il réussit à s'échapper presque aussitôt. Des chasseurs le reprirent en juin 1799 : il s'évada de nouveau.

    Enfin, le 9 janvier 1800, il entrait dans le moulin du teinturier Vidal, à Saint-Sernin (Aveyron). Il avait la tête, les bras et les pieds nus, le reste du corps n'était couvert que des lambeaux d'une vieille chemise qu'on lui avait donnée à Lacaune six mois auparavant. Victor ne prononçait alors aucun mot et paraissait ne pas entendre. On le crut sourd et muet. Malgré les rigueurs de l'hiver, il ne pouvait souffrir le moindre vêtement, et on mit longtemps à l'habituer à coucher dans un lit. Lorsqu'il cherchait à s'enfuir, il marchait à quatre pattes.

    Les journaux de la capitale ayant fait mention du "sauvage de l'Aveyron", tout Paris se mit à parler de lui.

    Cet enfant d'une douzaine d'années mesurait 1,36 m, avait la peau blanche et fine, le visage rond, les yeux noirs et enfoncés, les cheveux châtains, le nez long et aquilin. Sa physionomie était gracieuse : il souriait volontiers, et son corps présentait la particularité d'être couvert de cicatrices, dont certaines paraissaient avoir été faites par un instrument tranchant. Quelques-uns en conclurent que les auteurs de ses jours avaient tenté de l'immoler avant de l'abandonner dans les bois.

    A la fin de septembre 1800, le ministre de l'Intérieur demanda qu'il fût amené à Paris. Il devait y jouir d'une vogue extraordinaire : n'avait-il pas été découvert à la fin du XVIIIe siècle, au cours duquel les philosophes avaient discouru sur le bon sauvage et l' homme de la nature ?

    Toutefois, les bons esprits comme les gens du monde furent déçus par cet enfant qui présentait tous les caractères de l'arriération mentale, qui était malpropre, muet, indifférent à tout ce qui l'entourait et qui se balançait sans cesse à la façon d'un idiot.

    Les "psychiatres" de l'époque, Esquirol et Pinel, le jugèrent inguérissable. Telle ne fut heureusement pas l'opinion du nouveau directeur de l'Institut des sourds-muets, Jean-Marc Gaspard Itard. Savant homme au cœur admirable, Itard ne partageait pas l'avis de Pinel. Il se posa la question, à propos de Victor, de savoir quels seraient le degré d'intelligence et la nature des idées d'un adolescent qui, privé dès son enfance de toute éducation, aurait vécu entièrement séparé des individus de son espèce. Il conclut justement que ce tableau moral correspondait à l'enfant confié à ses soins.

    Itard voulut aussi répondre à tous ceux qui proclamaient que le petit Victor était un idiot irréductible abandonné pour cette raison par ses parents : "Ceux qui se sont livrés à une pareille supposition, écrit-il, n'ont point observé cet enfant peu de temps après son arrivée à Paris. Ils auraient vu que toutes ses habitudes portaient l'empreinte d'une vie errante et solitaire : aversion insurmontable pour la société et pour ses usages, nos habillements, nos meubles, le séjour de nos appartements, la préparation de nos mets, indifférence profonde pour les objets de nos désirs et de nos besoins, goût passionné pour la liberté des champs, si vif encore dans son état actuel, malgré ses besoins nouveaux et ses affections naissantes ; que pendant un court séjour qu'il a fait à Montmorency, il se serait infailliblement évadé dans la forêt sans les précautions les plus sévères, et que, deux fois, il s'est échappé de la maison des sourds-muets, malgré la surveillance de sa gouvernante.

    "Il avait été vu, plus de cinq ans auparavant, entièrement nu et fuyant l'approche des hommes, ce qui suppose qu'il était déjà, lors de sa première apparition, habitué à ce genre de vie, habitude qui ne pouvait être le résultat que de deux ans au moins de séjour dans des lieux inhabités. Ainsi, cet enfant a passé dans une solitude absolue à peu près sept ans sur les douze, qui composaient l'âge qu'il pouvait avoir quand il fut pris dans le bois de Lacaune.

    Feral Child
    Enfant sauvage (HT)

    "Il est donc probable qu'il a été abandonné à l'âge de quatre ou cinq ans, et que s'il devait avoir déjà à cette époque quelques idées et quelque commencement d'éducation, tout cela se sera effacé de sa mémoire par suite de son isolement. Voilà quelle m'a paru être la cause de son état actuel. On voit pourquoi j'en augurais favorablement pour le succès de mes soins. En effet, sous le rapport du peu de temps qu'il était parmi les hommes, le sauvage de l'Aveyron était bien moins un adolescent imbécile qu'un enfant âgé de dix ou douze mois…"

    Le diagnostic, d'une remarquable justesse, allait permettre au docteur Itard d'obtenir des succès dans sa tentative d'humaniser son patient. Au prix d'un effort d'une grande patience, poursuivi durant de longues années, et qui demanda au savant des trésors d'affection pour le petit déshérité, il parvint à le faire parler et lire ses lettres. Aidé par une femme admirable, Mme Guérin, la gouvernante de l'enfant, il développa également ses qualités de cœur, et Victor s'attacha à ceux que l'on peut appeler "ses sauveurs".

    Itard, dans deux Mémoires publiés en 1801 et en 1806, et qui font aujourd'hui encore l'admiration des spécialistes, a raconté les étapes de cette éducation : dès 180l, le "sauvage de l'Aveyron" s'habille lui-même, sait mettre le couvert et se tenir convenablement à table; il va puiser de l'eau et apporte à son bienfaiteur les affaires dont il a besoin. Il s'amuse à traîner une petite voiture et il commence aussi à lire. Cinq années plus tard, il a fait des progrès : il peut fabriquer de petits objets, coupe le bois de la maison et se rend utile en aidant Mme Guérin aux travaux ménagers.

    La gloire d'Itard est alors à son apogée : plusieurs souverains étrangers, comme l'empereur de Russie, lui offrent dans leur pays de riches sinécures. Mais il préférera toujours l'éducation des sourds-muets et des enfants arriérés mentaux, auxquels il consacrera ainsi quarante années de sa vie.

    En 1807, ne pouvant plus guère améliorer l'état de Victor, Itard décida de le confier entièrement aux soins de la bonne Mme Guérin, et c'est à elle que le ministre de l'Intérieur continua de payer sa pension. Le jeune homme vivra désormais chez elle, dans une annexe de l'institution, où il mourra quadragénaire, au début de l'année 1828.

    Son éducation resta cependant incomplète à cause de la faiblesse des organes de l'ouïe et de ses difficultés d'élocution. Ses facultés intellectuelles et affectives ne se développèrent que lentement. Néanmoins, les changements survenus dans l'état du petit Victor furent considérables. Dans le rapport qu'il dressa, Itard fit justement remarquer que le perfectionnement de la vue et du toucher et les nouvelles jouissances du goût, en multipliant les sensations et les idées de notre sauvage, avaient puissamment contribué au développement des facultés intellectuelles.

    Il nota aussi qu'on trouvait, entre autres changements, la connaissance des signes de la pensée, l'application de cette connaissance à la désignation et à l'énonciation de leurs qualités et de leurs actions, d'où l'étendue des relations de l'élève avec les personnes de son environnement, la faculté de leur exprimer ses besoins, d'en recevoir des ordres et de faire avec elles un continuel échange de pensées.

    Enfin, il remarqua que, malgré son goût immodéré pour la liberté des champs et son indifférence pour la plupart des jouissances de la vie sociale, Victor s'était montré reconnaissant des soins, "susceptible d'une amitié caressante, sensible au plaisir de bien faire, honteux de ses méprises et repentant de ses emportements".

    Grâce au docteur Itard, Victor, seul de tous les enfants sauvages qui l'ont précédé, aura eu la chance de pouvoir accéder à une forme appréciable d'humanité. L'humble enfant du bois de Lacaune aura aussi eu le mérite de faire progresser la science médicale dans le traitement des enfants arriérés. Itard sera alors considéré comme le promoteur de l'éducation des arriérés.

    Chemin immense parcouru, depuis les mythologies de l'Antiquité et les bavardages du siècle des Lumières, dans une science qui a fait progresser finalement la connaissance de notre humanité dans ce qu'elle a de plus profond.

    (Source : Une page anonyme sur le net, aujourd'hui disparue) 

    Le garçon de Kronstadt

    Ce malheureux a été capturé en Valachie (Roumanie) à la fin du dix-huitième siècle, et gardé plusieurs années à Kronstadt. Boris Porchnev le cite très longuement Les yeux profondément enfoncés dans leurs orbites, le front "très fuyant", le corps velu, le cou "gonflé", les muscles des membres "plus développés et saillants que chez les êtres humains en général", rien ne manque. Le caractère néandertalien, voire plus "archaïque", est indéniable.

    kronstadt
    L'enfant sauvage de Kronstadt

    Ce n'est pas remettre en cause cette identification que de remarquer que ce garçon présentait des signes non moins flagrants d'autisme : "Il n'exprimait jamais le moindre sentiment (...) Quand on éclatait de rire ou simulait la colère, il ne semblait pas saisir ce qui se passait (...) Il regardait avec stupéfaction tout ce qu'on lui montrait, mais il détournait bientôt le regard, avec la même absence de concentration, sur d'autres objets. Quand on lui présentait un miroir, il regardait derrière celui-ci, mais restait tout à fait indifférent de n'y point trouver son image..." (consultez n'importe quel psychologue avec simplement ces quelques indications).

    Les derniers survivants isolés de certaines populations considérés comme de "hominidés reliques" sont forcément menacés par un isolement affectif précoce, cause classique de l'autisme. Cela a dû d'ailleurs faciliter leur capture. Mais aussi, cela doit inciter à beaucoup de prudence dans l'évaluation de leurs capacités psychiques, donc de leur "degré d'humanité". (Source : Boris Porchnev)

    Jean de Liège

    Capturé en Belgique à la fin du dix-huitième siècle, il a pu apprendre à parler et n'est donc pas considéré comme un possible néandertalien. On nous dit pourtant, objectivement, qu'il était velu (bien sûr, c'est un peu vague), et surtout que son élocution laissait à désirer. Ce dernier point devient troublant quand on précise que cette difficulté à parler venait non d'une quelconque déficience intellectuelle, mais d'une conformation anormale du larynx... (voir Frank Tinlant, opus cité).

    Loups-garous de Norvège

    "En Norvège, certains dossiers médicaux mentionnent la présence de "loups-garous" indiscutables. Ce sont des adolescents - habituellement des garçons - atteints de déficience mentale, affublés de poils et de cheveux grotesques qui poussent souvent jusqu'au sommet de leurs pommettes et leur couvrent entièrement le front, jusqu'aux sourcils ; les mâchoires sont prognathes (...) Ces êtres ne sont rien d'autre que des gosses qui ont grandi en haute montagne dans des vallées presque perpétuellement saturées d'humidité (...) Ces pauvres misérables que la communauté avait rejetés ou qui s'étaient enfuis parce qu'ils étaient anormaux réussissaient à subsister en chassant à la main ou en cueillant des plantes..."

    J'attends qu'on me cite une seule déficience glandulaire ou autre qui produise des effets aussi singuliers, et qui permette une survie en pleine nature dans un environnement aussi rude que les montagnes du nord de la Norvège. Vous penserez peut-être que les lignes ci-dessus ont été écrites par quelqu'un qui n'avait pas d'autre explication à sa disposition, qui ignorait tout du problème des hommes sauvages et velus. Elles ont été écrites par... Ivan T. Sanderson, dans son classique Hommes-des-neiges et Hommes-des-bois (Plon, 1963), page 241. Dans le même ouvrage, Sanderson fait état de rapports "surprenants" sur des hommes des neiges en Suède. (Source : Jean Roche)

    TEMPS MODERNES

    Au XXe siècle des "enfants sauvages" ont été découverts à plusieurs reprises et dans des pays très différents.

    Natacha la sauvageonne de Sibérie

     Tchita
    Tchita vivait avec ses chiens et ses chats

    Tout près de nous, en 2009, la police russe aurait retrouvé en Sibérie une fillette de 5 ans abandonnée dans un appartement délabré. Elle s'exprimait en aboyant, et paraissait trois ans de moins que son âge (Le Figaro 29/05/09).

    Vêtue de haillons, Natacha n'était apparemment jamais sortie de ce taudis, sans chauffage, ni eau courante. Elle "vivait au milieu de chiens et de chats, dans des conditions de totale insalubrité dans une puanteur épouvantable", expliqua une responsable de la police locale à la chaîne de télévision.

    Entourée de chiens et de chats, la fillette avait très probablement été élevée au milieu des bêtes, dont elle semble avoir copié le comportement. Lorsqu'elle a été découverte, elle "se jetait sur les gens comme un petit chien" et ne communiquait qu'avec "le langage des animaux". Elle comprendrait le russe, mais n'en parlerait que quelques mots.

    La petite fille a depuis été placée dans une institution où elle reçoit une aide médicale et psychiatrique et joue avec d'autres enfants, tout en continuant à avoir un comportement animal. "La fillette ne mange pas avec une cuillère, elle la met de côté et elle lape", raconte une responsable. "Aujourd'hui, quand j'ai quitté la pièce, elle a sauté vers la porte et a commencé à aboyer", ajoute Nina Yemelyanova.

    L'enfant sauvage de Phum Un 

    Phum Un
    La fille de la forêt de Phum Un

    En 2007, sur le plateau des Terres rouges entre les Cambodge et la Thaïlande, une rumeur circule dans les environs : une jeune femme nue, à la démarche simiesque, au regard féroce et ne laissant échapper que des grognements, surgit chaque nuit de la jungle cambodgienne.

    Depuis, le hameau de Phum Un, quelques huttes de bambou en lisière d'une plantation d'hévéas, noyées dans un épais voile de poussière rouge au fin fond du Rattanakiri, province la plus reculée du royaume, vit dans la frayeur. La nuit venue, les villageois se barricadent, persuadés qu'un démon va venir les étrangler. Dans cette région peuplée de fantômes, de génies mangeurs d'enfants et d'hommes volants, la srey prey "fille de la forêt" est l'émissaire de quelque esprit maléfique, jurent-ils. Après avoir remarqué plusieurs larcins dans leur petite scierie, les ouvriers, bien décidés à confondre le chapardeur, ont capturé le 13 janvier, cet être mi-femme mi-animal, couvert de boue séchée, d'une épouvantable maigreur, qui fouillait frénétiquement la terre pour trouver quelques grains de riz. "Elle avait les yeux rouges et faisait des bonds circulaires, comme un tigre pris au piège", racontent-ils.

    Lorsque la sauvageonne qui terrorisait leurs nuits fut capturée, les habitants durent se rendre à l'évidence, la stryge n'était qu'une pauvre fille errante, rendue à la vie sauvage lorsque ses parents l'eurent abandonnée.

    Enfants sauvages de Colombie

    Cinq enfants que leur père souffrant de troubles mentaux avait abandonnés dans des grottes dès leur naissance, ont été découverts en mai 2010 aux environs de de Turmeque, dans le département de Bocaya dans le centre-est de la Colombie.

    Âgés de huit mois à 11 ans, les enfants qui se portaient bien n'avaient jamais, semble-t-il, été en contact avec le monde extérieur.

    Selon Alirio Garzon, de la Protection civile colombienne, qui fut l'un des premiers à les secourir, «les trois plus jeunes, âgés respectivement de huit mois, deux et six ans, ont été retrouvés allongés dans une grotte, se serrant craintivement les uns contre les autres pour se tenir chaud. A proximité, dans une autre grotte, les aînés, âgés de huit et onze ans, ont tenté de s'enfuir à l'approche des sauveteurs.»

    «Il ne fut pas facile de les ramener à la vie civilisée. Ils refusaient de quitter leur domaine, de se nourrir, de se laver, de se vêtir, et quand la télévision fut allumée dans le centre qui les hébergeait, ils ont semblé terrorisés».

    Selon les autorités, les enfants vont bien. Seule la fillette âgée de deux ans a dû être mise en observation dans un centre médical spécialisé dans les problèmes de nutrition.

    Le père, qui travaillait sur les marchés et son épouse auraient disparu après l'opération de secours sans olus donner signe de vie.

    Colombie
    Grottes de Turmeque (Photo: Keystone)

    SOUVENIR PERSONNEL
    142 - L'Enfant sauvage de l'Oberland

    Lors d'autres vacances, mon père m'entraîna dans une excursion de Kandersteg à Wengen, aux pieds de la Jungfrau. Couchant chez l'habitant, nous eûmes un soir de halte dans une ferme perdue dans la montagne, la surprise d'apercevoir un enfant nu vivre à quatre pattes parmi les porcs.

    La famille semblait pauvre et fruste. La ferme mal tenue. La fille de la maison horriblement traitée et battue semblait demeurée. Nous dînâmes dehors, d'une boîte de sardines, d'un quignon de pain et d'un morceau de fromage.

    Le lendemain, dans la grange où nous couchions, mon père me réveilla avant l'aube et nous partîmes dans la montagne sans prendre congé de nos hôtes.

    En chemin, je l'interrogeai sur ce que nous avions vu.

    Mon père me dit que chez les montagnards pauvres, il n'était pas rare que l'on confiât aux cochons les enfants anormaux ou estropiés, et que ces animaux étaient souvent de meilleurs parents pour ces malheureux que ceux que la nature leur avait donnés.

    Il ajouta que l'enfant était probablement un enfant naturel de la jeune fille.

    Je ressentis une véritable commotion. N'étais-je pas moi aussi un enfant naturel?

    Il me raconta aussi comment Remus et Romulus furent allaités et élevés par une louve, et me parla de Mowgli le héros du Livre de la jungle de Kipling, qu'avait recueilli une louve.

    Ce n'est que plus tard que j'appris incidemment que la première femme de mon père vivait depuis cinquante ans recluse dans un asile, sans recevoir de visite, et que ce genre de conversation le mettait toujours mal à l'aise.

    Dans les années cinquante, je lus un rapport qui affirmait qu'entre 1925 et 1950 on avait dénombré en Suisse plusieurs dizaines de cas de ce genre. Dans les cantons catholiques le divorce était alors impossible. Encore moins lorsque l'un des deux conjoints était aliéné. (Zermac : Une vie sans importance)

    L'Énigme des enfants-loups par Lucien Malson

    Lucien Malson recense et étudie les différents cas d'enfants qui ont survécu en situation d'extrême isolement et conclut que :

    Le rapport à l'autre n'est pas le même chez l'homme et chez les autres animaux

    Même si les éthologues notent des phénomènes d'apprentissage chez les animaux qui ont les systèmes nerveux les plus développés et des phénomènes de suggestion de groupe chez les animaux inférieurs, il n'empêche que lors qu'un individu d'une espèce animale est séparé précocement de ses congénères, il manifeste malgré tout des caractéristiques assez précises de son espèce. Il y a chez les animaux des schémas comportementaux endogènes. On peut en ce cas parler d'instinct. Il y a chez les animaux un a priori de l'espèce, dont chaque animal exprime la force directrice de manière significative même quand il grandit et survit seul.

    Chez les animaux, et même chez les espèces vivant en groupe, le contact des autres n'est pas essentiel au point que leur absence entraverait le développement normal de l'individu isolé.

    C'est du moins la thèse de Malson en 1964. La tendance contemporaine (S. J. Gould, L'éventail du vivant) est d'éviter de parler univoquement de l'animal : il y a des animaux aux structures rudimentaires qui sont dès leur naissance tout ce qu'ils seront. Plus le système nerveux et cérébral se complexifie, plus il y a de possibilités d'imitation et d'apprentissage. Toutefois, il demeure que l'homme est une espèce singulière : l'homme naît véritablement inachevé, les connexions cérébrales continuent à se former pendant les premières années de la vie de l'enfant. Elles dépendent donc des sollicitations de l'entourage, donc des autres  c'est ainsi que l'enfant apprend à parler, développe des capacités de représentation et d'abstraction.

    Donc, dans le cas de l'homme, la présence ou l'absence des autres a toujours un impact déterminant comme le prouve le cas des "enfants sauvages".

    Un monde de légendes

    Préférant les belles légendes poétiques aux tristes pensums de nos agrégés d'Histoire, il me sied mal de vous dire tout le bien que je pense de Serge Aroles, un médecin gourmand d'insolite, qui a passé des années à enquêter sur les Enfants sauvages et à passer au crible de son bon sens et de son amour de la science, les innombrables témoignages de ce phénomène millénaire.

    Tant pis pour moi, car je dois dire que son ouvrage est aussi passionnant qu'un roman et aussi divertissant que les légendes qu'il décoiffe et les faussaires qu'il déculotte !

     

    Notre avis : Enquête aussi bien anthropologique, philologique qu'historique et scientifique sur les enfants-loups, ce texte de Serge Aroles s'interroge sur la véracité et l'authenticité de tels cas signalés aux quatre coins du globe. S'appuyant sur de nombreuses sources, et passant au crible des données culturelles, zoologiques ou physiologiques, l'auteur se mue en véritable expert du tribunal de l'Histoire, tentant de rétablir la vérité sur des êtres captivants et émouvants, et de mettre à jour les mystifications et autres petits arrangements avec la véracité.

    Résumé: L'un des mythes récurrent des civilisations humaines est celui de l'enfant sauvage élevé par des animaux. Les variations de ce phantasme sont nombreuses, allant de l'enfant-singe à l'enfant-loup, en passant par l'enfant-gazelle ou l'enfant-cochon. Ce qui nous frappe, c'est la pérennité de cette image et la prolifération de cas dans le monde jusqu'à la première moitié du XXe siècle.

    Des récits mythologiques à la découverte de Ramu en 1954, l'enfant sauvage hante nos imaginaires, affleure dans nos légendes, traverse nos récits littéraires, reparaissant de façon cyclique dans les journaux, les livres et les films comme les Ovnis . Il nous fascine sans doute, nous renvoyant une autre image de nous-mêmes comme un miroir déformant. Ces innombrables cas d'enfants sauvages, notamment d'enfants-loups, résistent-ils à une minutieuse enquête scientifique ? Le fait qu'une louve prenne en charge les soins d'un petit d'homme est-il seulement envisageable ? Par-delà les siècles et les distances, Serge Aroles entreprend donc, avec méthode et patience, de lever le voile sur ces enfants troublants.

    Voilà ce qu'il nous dit :

    Survivre avec les loups : une escroquerie. Je suis le seul à avoir enquêté sur les enfants-loups en procédant à une recherche dans les archives. Certes, dans l'histoire de l'humanité, des nourrissons furent recueillis par des louves solitaires, mais jamais - jamais ! - une meute complète de loups n'a adopté une petite fille, qu'elle soit indienne ou juive. Misha Defonseca est une affabulatrice !

    Europe 1 m'avait invité pour dire ceci lors de l'émission de Jacques Pradel du 16 janvier 2007, mais l'émission a été annulée deux jours avant sans que je comprenne vraiment pourquoi.

    C'est justement le fait qu'un mensonge d'une telle énormité Survivre avec les loups soit présenté par l'ensemble des grands médias comme une histoire authentique, qui a donné matière aux sites extrémistes de reprendre mon article.

    Oui, des hommes ont exterminé des fillettes juives ; non, des meutes de loups n'ont pas porté secours à celles-ci…

    À propos de l'auteur

    Claude Aroles, chirurgien, qui a mené ces enquêtes entre 1995 et 1998 sur quatre continents, présente la toute première explication scientifique relative aux enfants-loups, nourrissons recueillis par une louve. Ses recherches portent désormais sur les antiques manuscrits éthiopiens, thème à haute controverse politique, l'Ethiopie se présentant comme l'unique pays d'Afrique, continent dit de "tradition orale", qui eût créé et perpétué une écriture - celle de l'Egypte pharaonique étant éteinte.

    L'auteur eut quelque peine à éditer cet ouvrage tout à fait remarquable, tant par la précision de ses recherches que par sa probité. Il est en effet plus rentable pour un éditeur de publier une fiction capable de passionner les foules et les médias qu'une étude certes passionnante mais dénonçant quelques mythes, d'innombrables supercheries et de gros mensonges !

    SOURCES

    AROLES (Serge) : L'Énigme des enfants-loups, Publibook, 2907

    MALSON (Lucien) : Les enfants sauvages, 10/18, 1964

    PORCHNEV (Boris) et HEUVELMANS (Bernard) : L'Homme de Néanderthal est toujours vivant", Plon, 1974).

    ZERMAC (Marino) : Une vie sans importance

    (source : apophtegme)

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