• Y a t'il un 6ème sens ?

    Mystères humains

    Y a-t-il un sixieme sens ?

    Par Dean Radin et Ray Hyman 

    Quel est le rôle du 6e sens dans l’apparition des intuitions ? Comment les intuitions se produisent-elles ? Comment la science se situe-t-elle par rapport aux phénomènes psi ? Avez-vous déjà eu une sensation, un instinct ou une intuition ? Dean Radin, Docteur en psychologie et parapsychologue, affirme que certaines sensations peuvent permettre de prédire le futur. Ray Hyman, docteur en psychologie lui aussi, n’en est pas certain. Voici le résumé en français d’un article initialement publié dans la revue psychology today qui offre un débat intéressant autour des récentes expériences réalisées dans le domaine du présentiment.


    Intervention de Dean radin :

    Alex, un collègue de l’Université, nettoyait son revolver 6 coups en préparation d’une partie de chasse qui allait se dérouler dans le mois. Dans ce pistolet, quand la gâchette est tirée, le marteau recule, le cylindre tourne et le marteau tombe sur la chambre selon un mouvement bien huilé. Pour des raisons de sécurité, Alex garde 5 balles dans le revolver avec le marteau sur la 6e, chambre vide. Avant de nettoyer l’arme, il m’a dit plus tard qu’il avait enlevé les 5 balles et les avait mises de côté. Quand il a fini de le nettoyer, il a commencé à remettre les balles dans le cylindre. Quand il arriva à la 5e et dernière balle, il eut un sentiment de crainte. Sentiment qui avait un lien avec cette balle.

    Alex était ennuyé à propos de ce sentiment bizarre parce que rien de tel ne lui était jamais arrivé. Il décida de suivre son instinct, mit la balle de côté et positionna le marteau du pistolet sur la 6ème chambre. La chambre qui se situe à côté, qui contient normalement la 5ème balle était maintenant vide.

    Deux semaines plus tard, Alex était à la loge de chasse avec sa fiancée et ses parents. Cet après-midi, de manière inattendue, une dispute éclata entre ses parents. Alex voulu les calmer mais le père, en fureur, prit le pistolet d’Alex qui était dans un tiroir et le pointa sur sa femme.

    Alex essaya d’intervenir en surgissant entre le pistolet et la femme mais c’était trop tard, la gâchette avait été pressée. Pendant une effrayante fraction de seconde, Alex savait qu’il était sur le point d’être touché. Mais, au lieu d’une mort horrible et soudaine, le pistolet a fait retentir un "clic". Le cylindre a tourné sur une chambre vide, la chambre qui aurait contenu la 5e balle si Alex ne l’avait pas laissée de côté 2 semaines auparavant.

    Alex a-t-il vraiment prédit le futur, ou était-ce juste une coïncidence extraordinaire ? Il y a plusieurs explications possibles pour que de tels pressentiments surgissent quelquefois. Une de ces explications est que, au niveau du subconscient, certains pensées sont « enregistrées » d’une certaine façon au niveau conscient sans que nous nous en rendions compte. Une autre explication est que nous percevons certains langages du corps, des sons ou des visions périphériques sans nous en rendre compte consciemment. Une troisième explication est que pour chaque coïncidence étonnante dont nous nous souvenons, nous oublions toutes les fois où nous avions eu une intuition et qu’elle ne s’est pas réalisée. Enfin, une dernière explication serait que nous modifions notre mémoire à notre propre convenance, créant des liens qui ne devraient pas exister. Et ainsi de suite. Ces sortes d’explications prosaïques comptent probablement pour de nombreux présentiments. Mais elles ne les expliquent pas tous.

    Comme dans le cas de l’intuition d’Alex, une série d’études de cas documentés avec soin augmentent la probabilité que quelques intuitions soient dues à un authentique sixième sens. Mais, pour confirmer que ces histoires sont vraiment ce qu’elles apparaissent être, nous devons nous tourner vers des tests contrôlés réalisés en laboratoire.

    Dans une étude préliminaire et dans trois expériences suivantes, j’ai pu observer que plusieurs personnes réagissent inconsciemment à quelque chose de mauvais, même avant que cette chose ne se produise.

    Prenons le cas typique d’une rédactrice d’un magazine populaire. Quand elle m’a posé la question : "Y a-t-il un sixième sens ?" Je ne lui ai pas répondu directement. Je lui ai demandé si elle était d’accord pour participer à une expérience qui utilise des images choisies aléatoirement par ordinateur. Elle accepta.

    Je l’ai donc fait s’asseoir devant un écran d’ordinateur. Tout ce que je lui ai dit, c’est qu’elle allait voir une série de photographies. Certaines seront calmes, comme un lac, et d’autres seront émotionnellement plus éprouvantes, comme une araignée. Sur les deux doigts de sa main gauche, j’attache 2 électrodes qui mesurent de minuscules changements de la résistance cutanée. Sur un 3e doigt, je place une électrode qui mesure le flux sanguin. J’explique que tout ce qu’elle a à faire, c’est de presser le bouton de la souris quand elle est prête, et de regarder les images.

    Je quitte la pièce. Elle se relaxe et presse le bouton. Pendant 5 secondes, l’écran reste noir, puis l’ordinateur sélectionne une image parmi une grande base de données, quelques-unes calmes et d’autres provocantes. L’image est affichée pendant 3 secondes puis l’écran devient noir pendant 8 secondes. Pour terminer, un message annonçant qu’elle peut commencer la prochaine épreuve une fois prête apparaît.

    Elle répète cette séquence 40 fois. A la fin de l’expérience, j’analyse les données enregistrées par les électrodes et je prépare deux graphiques récapitulatifs. Chaque graphique montre les changements moyens dans la résistance cutanée et le flux sanguin avant, pendant, et après qu’elle ait vu les images. Je lui montre les graphiques. Ce qu’elle a immédiatement noté, c’est qu’après qu’elle ait vu des images émotionnellement chargées, la résistance de sa peau et du flux sanguin du bout des doigts a nettement changé. Et qu’après qu’elle ait regardé les images calmes, sa physiologie a à peine changé.

    "Donc j’ai répondu émotionnellement quand j’ai vu des images chargées émotionnellement et je suis resté calme quand j’ai vu des images calmes" m’a elle dit. "Comment cela peut-il démontrer un 6ème sens ?"

    J’ai dirigé son attention vers les segments du graphique montrant ses réponses physiologiques avant que l’ordinateur ne sélectionne les images. "Cette bosse montre que votre corps a répondu aux images émotionnelles avant même que l’ordinateur ne les sélectionne. Et cette ligne plate" lui dis-je en pointant l’autre ligne, "montre que votre corps n’a pas réagit avant que les images calmes ne vous soient présentées. Vous voyez ? Votre corps a réagi à vos émotions futures avant que l’ordinateur n’ai sélectionné aléatoirement des images calmes ou chargées émotionnellement".

    J’ai ajouté "Nous pouvons maintenant démontrer en laboratoire qu’à un certain niveau : certaines personnes ont littéralement un présentiment instinctif avant que quelque chose de mauvais se produise. Nos viscères nous préviennent du danger même si notre esprit conscient ne capte pas toujours le message."

    Le corps de la rédactrice a montré des signes de que j’appelle le préssentiment, une forme inconsciente de perception "psi". Psi est un terme neutre désignant une expérience psychique, et malgré que cela semble tout droit sorti d’un épisode de "X-Files", des scientifiques du monde entier ont étudié le sujet en laboratoire depuis plus d’un siècle. L’évidence scientifique est maintenant plus forte que jamais pour des expériences telles que la télépathie (communication d’esprit à esprit), clairvoyance (information reçue d’un lieu distant) et précognition (information reçue d’un temps éloigné). Ces études suggèrent que nous avons les moyens d’obtenir des informations en se passant des sens ordinaires. Le 6ème sens et les termes similaires, comme la seconde vue et les perceptions extrasensorielles (ESP), se réfèrent aux expériences de perception qui transcendent les limites usuelles du temps et d’espace.

    En essayant d’aller un peu plus loin, j’ai réalisé que nous avions à creuser plus profondément que ce qui est détectable au niveau conscient. Tandis que les perceptions extrasensorielles et psi se réfèrent généralement aux expériences psychiques conscientes, j’ai toujours pensé que demander aux gens de rapporter consciemment leurs impressions subtiles dans le domaine psi était un tir dans le vide. Que se passerait-il si nous contournions les mécanismes de défense qui filtrent nos perceptions et censurent notre conscience d’éveil ? Trouverions-nous des expériences psi dont les gens ne sont pas conscients ?

            

    Une poignée de collègues ont pavé le chemin pour ce type d’investigation. Dans le milieu des années 1960, le docteur en psychologie Charles Tart, de l’Université de Californie à Davis, a mesuré la conductibilité de la peau, le volume sanguin, le battement du coeur, et les rapports verbaux entre deux personnes (appelé une paire émetteur-récepteur). En tant qu’émetteur, il a reçu des chocs électriques aléatoires pour voir si les récepteurs distants pouvaient détecter ces évènements. Tart trouva qu’ils n’étaient pas consciemment avertis de quoique ce soit sortant de l’ordinaire, l’enregistrement de la physiologie des récepteurs distants a montré des réactions significatives aux chocs qu’il avait subi.

    Dans des expérimentations indépendantes, l’ingénieur Douglas Dean au Newark College of Engineering, le docteur en psychologie Jean Barry en France, et le docteur en psychologie Erlendur Haraldsson à l’University d’Utrecht, ont tous observé des changements significatifs dans le volume sanguin des doigts des récepteurs quand un émetteur situé à des milliers de kilomètres à dirigé des pensées émotionnelles vers eux. Le journal Science à aussi publié une étude de deux physiologistes qui ont rapporté des corrélations significatives dans les ondes cérébrales de deux jumeaux identiques isolés. Ce type d’études sont connues en tant que Distant Mental Intention on Living Systems ou DMILS (Intentions mentales distantes sur les systèmes vivants).

    L’idée d’étudier les intuitions m’est venue en 1993, tandis que j’étais assistant de recherche au département de psychologie de l’Université d’Edinburgh en Ecosse. Je faisais des recherches sur le sentiment d’être observé. En laboratoire, j’ai séparé deux personnes en les plaçant dans des pièces qui se situaient à 100 pieds l’une de l’autre. J’ai surveillé l’activité electro-dermale de la personne #1 tandis que la personne #2 observait la personne #1 sur un système vidéo à circuit fermé. Malgré le fait que la personne observée ne pouvait pas avoir une idée consciente de quand l’observateur la regardait, puisque les pièces étaient éloignées l’une de l’autre et que l’observation se faisait de manière aléatoire, j’ai observé de petits changements dans la résistance de la peau de la personne observée.

    En pensant à ces résultats, j’ai réalisé que (pour des raisons relativistes) cette sorte de connexion "non locale" à travers l’espace impliquait une connexion complémentaire à travers le temps. Si nous avons assisté à un authentique effet en espace éloigné entre des personnes, alors la même chose devrait fonctionner comme un effet de temps éloigné à l’intérieur d’une personne. J’ai appelé cet effet "présentiment" parce que le terme suggère une réponse à un évènement émotionnel futur.

    J’ai rapidement découvert que même les sceptiques les plus convaincus, ceux prêts à jurer sur une pile de journaux scientifiques que les phénomènes psi sont impossibles, étaient légèrement moins critiques en ce qui concerne les sensations intuitives. C’est peut-être parce que la plupart des gens en ont eu au moins une fois.

    J’ai moi-même à peine cru les résultats de ces études que j’ai conduit sur cette rédactrice et sur d’autres personnes. Mais je n’ai pas pu trouver d’erreurs dans le dispositif expérimental de l’étude ou dans l’analyse des résultats. Quelques mois plus tard, le docteur Dick Bierman (Ph.D), professeur à l’Université d’Amsterdam, à eu connaissance de mes études et n’y croyait pas lui non plus. Il a alors répété l’expérience dans son laboratoire et a obtenu les mêmes résultats. Depuis lors, deux étudiants du docteur en psychologie Robert Morris de l’Université d’Edinbourg ont aussi répété l’expérience et ont également obtenu des résultats similaires. Plusieurs tentatives de réplication sont maintenant en cours dans plusieurs autres laboratoires.

    Nos expériences prouvent-elles sans aucun doute que le 6ème sens existe ? Pas encore. Ce que nous savons, c’est que trois laboratoires indépendants ont rapporté des effets similaires, se basant sur des données portant sur plus de 200 participants. La preuve restera en suspend tant qu’un nombre plus important de laboratoires n’auront pas enregistré les mêmes résultats. Encore que, nos études, combinées avec les résultats de plusieurs autres types de tests faits par des douzaines de chercheurs sur la précognition et les autres classes de phénomènes psi, ont fait que des scientifiques particulièrement sceptiques ont relativisé ce qui était précédemment impensable : la possibilité d’un authentique 6ème sens.

    En 1995, par exemple, un sceptique tel que l’astronome Carl Sagan a eu pour opinion, toute au long de sa vie, que les phénomènes psi étaient impossibles. Mais dans un de ses derniers livres, The Demon-Haunted World : Science as a Candle in the Dark, il a écrit "Au moment où j’écris, il y a 3 affirmations dans le champ des phénomènes extra-sensoriels qui, à mon opinion, méritent des études sérieuses : (1) que par la pensée seule, les humains peuvent (à peine) affecter des générateurs de nombres aléatoires dans des ordinateurs ; (2) que les personnes sous privation sensorielle peuvent recevoir des pensées ou des images qui leur sont "projetées" ; et (3) que les jeunes enfants rapportent quelquefois des détails d’une vie antérieure, qui sont vérifiés pour être précis et dont ils ne pourraient avoir connaissance d’aucune autre manière qu’avec la réincarnation."

    Si les scientifiques acceptaient éventuellement qu’un 6ème sens existe, en quoi cela pourrait-il changer la société ? D’un côté, cela pourrait ne rien changer ; nous pouvons apprendre que les capacités psi authentiques sont rares et seulement faiblement prédictives, et ainsi inconséquentes pour la plupart des applications pratiques. D’un autre côté, il est possible que l’étude du 6ème sens révolutionnera notre compréhension de la causalité et aura des applications radicalement nouvelles. Par exemple, dans le numéro de janvier du journal Alternative Therapies, le docteur en psychologie William Braud, professeur et directeur de recherche à l’Institute of Transpersonal Psychology et co-directeur de l’Institut William James Center for Consciousness Studies, discute le concept d’une influence intentionnelle rétroactive comme application curative.

    Braud est bien conscient de la nature particulièrement incroyable de cette hypothèse, mais ce n’est pas purement fantaisiste. Dans son article, il a passé en revue plusieurs centaines d’expériences examinant une large palette de phénomènes rétrocausaux, de l’influence du mental sur les nombres aléatoires générés par les circuits électroniques, à la divination d’images cibles sélectionnées dans le futur, des études examinant le "sentiment d’être observé" aux expériences sur le présentiment. Il en conclut qu’une forme d’influence rétroactive intentionnelle est en effet possible, et peut avoir d’importantes conséquences sur les guérisons.

    Une application moins radicale pourrait être pour les systèmes de détection précoce. Imaginez que dans un futur avion, tous les membres de l’équipage soient connectés à un système informatique embarqué. Le système est conçu pour surveiller de manière continue la fréquence cardiaque, l’activité électrique de la peau, et le flux sanguin. Avant que l’équipage n’embarque, chaque personne est calibrée pour voir comment il ou elle répond avant, pendant, et après différentes sortes d’évènements émotionnels ou calmes. Chaque réponse idiosyncrasique des personnes seraient utilisées pour créer une moyenne de réponse émotionnelle unique qui serait insérée dans le système informatique.

    Pendant que l’avion serait dans les airs, l’ordinateur surveillerait le corps de chaque membre de l’équipage pour évaluer leur niveau émotionnel. Si l’ordinateur détecte que tous les membres de l’équipage sont entrain d’avoir une réponse émotionnelle (et que l’avion opère correctement) alors l’ordinateur pourrait alerter le pilote. Dans certains cas, les quelques précieuses secondes qu pourraient ainsi être gagnées pourraient sauver les vies de toutes les personnes à bord.

    De la même manière, quelques sentiments intuitifs peuvent indiquer la présence d’un 6ème sens. Mais pour qui ? Probablement tout le monde, à un certain niveau. Mais comme certaines personnes ont une mauvaise vue, c’est à peu près la même chose pour les phénomènes psi : sauf que dans ce cas, la plupart des personnes sont des "psi-aveugles". Je suspecte que dans le futur, avec une petite assistance par des technologies spécialisées, de la même manière qu’une prothèse auditive peut améliorer une écoute faible, il sera possible de booster notre faible 6ème sens.

    Pour en savoir plus :

    La conscience invisible, par dean radin

    La parapsychologie, une science controversée, Par Richard Broughton

    Où est en la science par rapport aux phénomènes psi ? Réponse de Ray Hyman à Dean Radin.

    Dean Radin demande, "Nos expériences prouvent-elles sans aucun doute que le 6e sens existe ?" Il répond alors, "Pas encore" reconnaissant correctement que nous avons besoin d’autres expériences réussies, par des chercheurs indépendants, pour prouver qu’un tel 6e sens existe réellement.

    Cependant, ce n’est pas si simple. Les chercheurs indépendants doivent faire plus que dupliquer les découvertes de Radin. Ils doivent le faire en utilisant des appareils, des mesures et des procédures aléatoires différentes pour éviter de répliquer quelques erreurs qui auraient pu être faites par inadvertance, autrement ils perpétueraient des découvertes erronées.

    Je peux déjà pointer quelques erreurs potentielles dans ses méthodes. Par exemple, l’affirmation de Radin selon laquelle les personnes dans ses expériences sur les présentiment anticipent inconsciemment des images émotionnelles, basée sur l’observation des changements dans leur résistance épidermique— viole quelques principes de base de cause et effet en science. Ceci parce que dans le cas des présentiments, il y a comparaison de changements d’états physiologiques, et qu’il existe différentes méthodes pour calculer de tels changements, ce qui peut donner des résultats vraiment différent.

    Par exemple, il y a plusieurs années, un étudiant faisait des recherches pour montrer que des rats aveugles étaient meilleurs que les rats voyants pour transférer leur apprentissage d’une nouvelle tâche. Le problème était qu’un précédent chercheur avait découvert exactement l’effet inverse. La différence entre les deux études ? La mesure du changement. Le précédent chercheur avait calculé la simple différence entre le nombre d’erreurs faites par les rats sur la première tâche ; l’étudiant pendant ce temps avait mesuré les changements en termes de pourcentages. Cette différence apparemment inoffensive a conduit à des découvertes complètement opposées ! Quand nous utilisons la même technique de mesure sur deux études, elles rapportent des résultats uniformes.

    En plus des pièges potentiels du choix d’une méthode de mesure, les chercheurs doivent aussi tenir compte du grand degré de variabilité des changements physiologiques, ce que Radin ne fait pas de manière convaincante. La résistance de la peau, comme les autres mesures physiologiques, varie considérablement d’une personne à une autre et sur de courtes ou de longues périodes. Cela dépend également de beaucoup d’aspects de l’environnement interne et externe des sujets, c’est pourquoi les investigateurs utilisent des ajustements pour enlever des variations non voulues. Ils peuvent alors se concentrer sur les changements qui les intéressent.

    Radin essaye de réduire des variabilités non désirées. Ses efforts semblent être arbitraires, spécialement quand le processus peut être biaisé. Radin a mesuré le changement dans les états physiologiques en soustrayant le tout premier échantillon de résistance de la peau de chaque essai à partir de tous les échantillons de résistance de la peau restants pour cet essai. L’évidence d’un présentiment, dit-il, est le fait que les moyennes des changement dans la résistance de la peau sont plus grands avant la vue d’images émotionnelles qu’avant des images calmes. Ceci semble avoir un sens. Mais les premiers échantillons de lecture de résistance de la peau pris dans l’essai placent la ligne de base avec laquelle les résultats de tous les futurs essais seront comparés et calculés. Donc si, pour quelque raison, les premiers échantillons des essais impliquant des cibles émotionnelles ont une valeur plus faible de résistance de la peau que les premiers échantillons d’essais calmes, ceci prit seul peut donner, peut-être faussement, un plus gros "score de changement" pour les essais émotionnels.

    Pour voir ce problème en action, supposez que le niveau brut moyen de points pour les épreuves calmes et émotives soit de 20. Si la ligne de base pour les épreuves calmes est 15, alors, le score de changement pour les épreuves calmes serait de 20-15=5. Si la ligne de base pour les épreuves émotionnelles est de 10, alors le score de changement pour les épreuves émotionnelles serait de 20-10=10. Ainsi, la procédure d’attribution des scores produit un plus grand changement pour les épreuves émotionnelles que pour les épreuves calmes, à cause des différences de ligne de base. Comme vous pouvez le voir, le simple choix de la méthode peut grandement influencer les résultats. Le démon est dans les détails.

    Alors, comment savoir quelle mesure croire quand chacune donne un résultat différent ? La solution est claire seulement quand nous avons une théorie détaillée du processus fondamental étudié. Mais il y a un problème clé ici : il y a un manque de théorie positive de l’ESP et des autres phénomènes psi. Quel sorte de processus est-ce ? Comment se comporte-il ? En effet, plusieurs parapsychologues reconnaissent que l’ESP est, à présent, défini négativement, en termes de ce quoi n’est pas ; l’expérimentateur affirme qu’il a trouvé un phénomène psi quand il a éliminé toutes les explications scientifiques normales pour les résultats. Etant donné cet état de question qui est assez flou, il n’y a pas de manière d’énoncer une procédure de mesure correcte. Ce ne serait pas aussi important si différentes méthodes produisaient le même résultat. Mais nous ne savons pas si c’est le cas dans les expériences de Radin.

    Si j’étudie les changements dans le déclenchement des impulsions nerveuses dans le nerf optique, par exemple, nous avons à la fois une théorie et des données pour nous informer quelles sont les mesures appropriées à utiliser : nous connaissons la distribution fondamentale de tels déclenchements et nous savons comment les transformer de manière appropriée alors que les mesures de changement prennent un sens en termes de ce que nous savons à propos des nerfs et des impulsions nerveuses. Dans le cas de l’hypothèse de pressentiments, nous n’avons pas de théorie détaillée et de données suffisantes pour connaître les différentes sortes de transformations et les mesures de changement qui ont un sens. Avant que nous puissions croire que les changements physiologiques montrent que le sujet anticipe l’image émotionnelle, nous devons montrer, au moins, que les différentes manières de mesurer les changements physiologiques conduiront aux mêmes résultats. Nous aurions aussi besoin de collecter les mesures physiologiques en des circonstances plus variées et sur de plus longues périodes.

     

    L’histoire des tentatives d’investigation scientifique des phénomènes psychiques nous ramène 150 ans en arrière. Elle est remplie d’exemples de chercheurs psychiques affirmant qu’ils avaient finalement prouvé l’existence du paranormal. Dans chaque exemple, les générations suivantes de parapsychologues ont dû écarter comme défectueux ce qui a semblé à la génération précédente être une preuve irréfutable, une preuve de psi ou des phénomènes psychiques.

    Un exemple est l’étude citée par Radin dans les "corrélations significatives dans les ondes cérébrales de deux jumeaux isolés". Cette étude a été rapportée dans le journal Science en 1965 par Duane et Behrendt. Ces investigateurs ont prit en compte le fait que les ondes cérébrales alpha peuvent être induites en fermant simplement un oeil. Les chercheurs ont mis deux membres d’une paire de jumeaux dans des chambres séparées et leur ont connecté des électrodes pour mesurer leurs ondes cérébrales. Ils ont demandé à un des jumeaux de fermer ses yeux à des moments prédéterminés. Cela a produit les rythmes alpha espérés, et les ondes cérébrales de l’autre jumeau ont montré des rythmes alpha en même temps. Si c’était en effet ce qui s’est passé, cela serait l’évidence de l’ESP. Mais il y a eu des problèmes méthodologiques. Premièrement, l’isolation des jumeaux n’était pas très convaincante puisqu’ils étaient dans des pièces adjacentes. Deuxièmement, l’évidence de la corrélation des ondes cérébrales était basée seulement sur une inspection visuelle donc subjective des enregistrements d’ondes cérébrales. Comme les psychologues le savent, les gens sont limités pour déterminer des corrélations de manière subjective, c’est pourquoi les expérimentateurs croient seulement aux corrélations enregistrées par ordinateur.

    Duane et Behrendt ont admis plus tard, parmi d’autres choses, que parce que les jumeaux n’étaient pas dans des pièces protégées, ils ont pu de manière concevable s’envoyer un signal codé de l’un à l’autre.. "Rétrospectivement, le plus grand défaut de notre procédé expérimental était que nous n’avions pas éliminé complètement les formes conventionnelles de communication entre les jumeaux, et que nous n’avons pas procédé à une analyse statistique pour éliminer les rythmes alpha spontanés." Tandis qu’ils continuaient à rechercher les "données quantitatives solides" ils ont dit qu’ils prouveraient ou réfuteraient l’hypothèse, mais aucun de ces auteurs ni personne d’autre n’a réussi en 45 ans, à répliquer ces résultats dans des conditions scientifiques.

    Dans son livre The Conscious Universe (HarperEdge, 1997), Dean Radin reste optimiste et pense que correctement interprétés, les résultats expérimentaux des expériences en parapsychologie démontrent de manière concluante l’existence des phénomènes psi ou ESP.

    Mais si le siècle et demi de recherche psychique ne nous a rien appris, alors la prochaine génération ne sera pas plus capable de reproduire les résultats de Radin sur les présentiments et elle commencera à chercher ailleurs. D’un autre côté, si l’histoire cesse de se répéter, les futures parapsychologues peuvent très bien trouver les moyens de nous aider à développer nos pouvoirs intuitifs, il restera alors à voir si la recherche de Radin ouvrira le chemin.

    Dean Radin, Docteur (Ph.d), parapsychologue, est président du "Boundary Institute" de Los Altos, Californie.

    Ray Hyman, Docteur (Ph.d), est professeur de psychologie à l’University de l’Oregon.

    (source : paranormal)

     

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