Le cas d’Émilie Sagée
Que s'est il réellement passé en 1845 dans l'institut
pour jeunes filles nobles du pensionnat de Neuwelcke ?

(en Livonie, entre Riga et la petite ville de Volmar)
(Source : rhedae-magazine)
La dualité de l'être humain
Le double désigne tout ce qui fait référence à la dualité de l'être humain.
D'un point de vue phénoménologique, le double peut prendre différents aspects : ils sont décrits dans le chapitre des phénomènes autoscopiques qui permet d'en faire les distinctions et de rassembler le sujet autour de lui.
Car il n'y a pas de culture qui n'ait exploité ce thème à sa façon, suivant des motifs et pour des raisons propres.
Ainsi, dans la religion, le double concerne l'immortalité de l'âme. Les représentations folkloriques l'ont toujours associé à la mort, et de nombreuses superstitions en témoignent. La littérature a puisé largement dans le vivier folklorique mais a traité le sujet d'un point de vue plus psychologique. Avec la psychiatrie, c'est le trouble dissociatif de l'identité qui exploite le thème du dédoublement. En philosophie, la dualité apparente de l'être humain sert de prétexte aux partisans du dualisme et à ceux du monisme, notamment le physicalisme, mais aussi au discours sur l'illusion.
D'après Olaf Blanke et Christina Mohr,
les phénomènes autoscopiques comprennent les expériences de sortie du corps (OBE : Out of Body Experience), les hallucinations autoscopiques (dénommées aussi : autoscopie externe, deutéroscopie ou hallucination spéculaire), et l'héautoscopie.
Les expériences de sortie du corps sont définies comme une impression de voir son environnement, et donc souvent son corps physique, à partir d'un point extérieur à celui qu'un sujet occupe concrètement. Le point de vue extérieur le plus fréquemment cité est celui qui se situe au-dessus de son propre corps.
Notons au passage que, lorsque le phénomène d'OBE a lieu pendant le sommeil, le corps dédoublé prend différentes dénominations suivant les auteurs : corps de rêve, défini par Frederik van Eeden, dont sa description ne peut être distinguée du double astral, mais qu'il considère comme un produit de son imagination, Moi corporel imaginaire définit par Frétigny et Virel, qui l'expliquent comme une expérience où le sujet projette deux corps imaginaires : un qui agit et un qui demeure immobile.
Les hallucinations autoscopiques sont définis comme la vision de soi-même à partir de son corps physique réel. Il n'y a pas en fait de phénomène de dédoublement au sens strict. Catherine Lemaire se pose la question de savoir pourquoi la vision est décrit comme étant semi-transparentedans les hallucinations autoscopiques alors qu'elle semble très concrète dans les expériences de sortie du corps. En tout état de cause, aux hallucinations autoscopiques semblent correspondre les phénomènes du doppelgänger et de la bilocation.
L'héautoscopie est une expérience intermédiaire entre l'OBE et l'hallucination autoscopique où le sujet ne sait pas toujours s'il est décorporé, ou si son point de vue se situe depuis son corps ou depuis son double.
Les croyances primitives
L'ombre, le double et l'âme
Une des plus anciennes représentations de l'âme est celle de l'ombre.
Otto Rank rapporte comme exemples ceux des indigènes de Tasmanie qui ont le même nom pour ombre et esprit. Il en est de même pour les Indiens algonquins qui désignent l'ombre pour l'âme, et dans la langue quiché par le mot nahib. Le mot loakal désigne l'ombre, l'âme, l'image, l’écho chez les Abipons. Sérit ou ombre est l'esprit qui reste après la mort chez les Basutos. En se référant à Frazer, O. Rank cite également des peuplades d'Australie qui distinguent entre une âme localisée dans le cœur et une liée à l'ombre. L’arugo en Nouvelle-Guinée britannique signifie à la fois ombre, reflet et esprit d'un mort. Nio en Mélanésie du Nord désigne l'ombre et l'âme, de même pour yalo aux îles Fidji.
D'après Homère, après la mort l'âme devient une ombre (eidolon) : Ô dieux, alors il reste réellement aux Enfers une psyché et une ombre de l'homme (Achille).
Mais chez l'homme vivant, l’eidolon se manifeste dans le royaume du rêve à l'intérieur duquel il agit. Chez les Romains on l'appelle le génius, chez les Perses le Fravauli et chez les Égyptiens le Ka.
G. Van der Leeuw cite également le Ka égyptien comme représentation de l’ombre. Pour lui, la forme la plus répandue de l'âme, celle qui est unie au corps par un lien ténu, est l’ombre elle-même.
À cette croyance si répandue de l'équivalence entre l’ombre et l'âme, ces auteurs font correspondre l'équivalence ombre et double.
Ainsi, pour Van Der Leeuw, le double représente une affirmation supplémentaire du caractère d'attirance et de répulsion que constitue l’ombre par rapport à l'individu. Otto Rank assimile tout naturellement l’ombre au double et passe d'un terme à l'autre lorsqu'il disserte sur la représentation de l'âme. Pour Michel Guiomar, en parlant des aspects religieux du Double, cite l'âme, ou du moins le principe spirituel qui survit après la mort, dans les croyances de l'Égypte ancienne et chez de nombreux peuples primitifs. Edgar Morin assimile aussi au double : l'ombre, le reflet, le miroir.
Que ce soit dans le cadre des superstitions ou des croyances religieuses "primitives", ces auteurs sont d'accord pour attribuer à l’ombre ou au double :
son lien à la mort. Comme les âmes des morts sont des ombres, elles ne peuvent pas projeter d'ombre. Ou encore, le mort ne peut avoir une ombre, bien qu'il en soit une lui-même. Il en est de même pour les êtres démoniaques, les esprits, les elfes, le Diable, les spectres et les sorciers. Inversement, l'absence d'ombre chez les vivants signifie la mort imminente et la visualisation du Double est un présage de mort. Par exemple quiconque pénétrait dans le temple du Zeus lycien en Arcadie perdait son ombre et mourait dans l'année. D'après Negelein la tentative de tuer un homme par la blessure de son double est répandue et elle était déjà connue dans l'Antiquité.
De même chez les peuples "primitifs", faire du tort à l'ombre frappe son possesseur. Dans la croyance populaire, la capacité de voir son Double ne signifie rien de bon. Celui qui a une ombre petite ou faible tombe malade. En Afrique occidentale on évite de sortir aux approches de midi car le corps ne projette aucune ombre. Inversement à l'absence de crainte de sortir dans l'obscurité, un africain en expliqua la raison : il n'y a aucun danger parce que la nuit, toutes les ombres se posent dans celle du grand dieu, ce qui les renforce. D'après Van der Leeuw la crainte de perdre son ombre est universelle.
son lien avec la vie. Pour Van der Leeuw, "l'ombre est nécessaire à la vie, si elle n'est pas la vie elle-même". D'après Otto Rank, la croyance à l'âme est issue de la division du moi en une partie mortelle et une partie immortelle. Dans le totémisme les âmes des morts pénètrent dans le corps de la femme et renaissent à la vie. Il s'agit en fait du culte des ancêtres et la littérature est abondante sur ce sujet. Otto Rank fait également de l'ombre un symbole de la force procréatrice et de la fécondité de l'homme, auquel s'ajoute celui du rajeunissement. Pour William Schnabel, "un désir d'immortalité se voile dans le concept du double, car l'ombre continue son existence après la décomposition du corps physique".
Le culte des jumeaux
D'après O. Rank le motif des jumeaux concrétise le motif du double. Il est une conséquence, non pas du phénomène de la naissance gémellaire, mais de la croyance en une âme double, l'une mortelle et l'autre immortelle.
Les jumeaux sont le prototype du héros. L'apparition de l'homme et de son double confère aux jumeaux des pouvoirs supranaturels, notamment sur la vie et sur la mort, du fait qu'en venant au monde l'homme amène son double immortel. Dans les cultures dites "primitives", ainsi que dans de nombreuses mythologies, les jumeaux sont associés au caractère civilisateur (constructeurs et fondateurs de villes, comme Romulus et Rémus, ou donneurs de parole, comme les Nommo des Dogons). Mais après accomplissement de leur mission, le meurtre de l'un par l'autre est typique : il est la condition de la survie de l'autre.
Le doppelgänger
Doppelgänger est un mot d'origine allemande signifiant « sosie », employé dans le domaine du paranormal pour désigner le double fantomatique d'une personne vivante, le plus souvent un jumeau maléfique, ou le phénomène de bilocation (ou ubiquité), ou bien encore le fait d'apercevoir fugitivement sa propre image du coin de l'œil.
Doppelgänger semble être un germanisme apparu sous l'influence de l'anglais. L'Encyclopædia Universalis semble préconiser l'emploi du terme « double ».
Quant au terme « sosie », employé dans ce sens, ce serait, toujours selon la même encyclopédie, une traduction maladroite. Plusieurs sources font remonter le terme doppelgänger au roman Siebenkäs, en 1796, de Jean Paul qui le définit comme « ceux qui se voient eux-mêmes ».
Dans certaines légendes, voir son Double est un augure de mort, et un Double vu par des amis ou des proches est un signe de malchance ou de maladie à venir.
Croyances et folklores
Dans le folklore, le doppelgänger n'a pas d'ombre et son image n'est pas reflétée par un miroir ou l'eau. Il est supposé donner des conseils à la personne qu'il imite, mais ces conseils peuvent induire en erreur et être malintentionnés. Ils peuvent aussi en de rares occasions semer la confusion en apparaissant devant les amis et proches de leur victime ou en induisant des idées dans l'esprit de leur victime. Une vieille coutume d'Halloween veut qu'une jeune fille allume deux chandelles devant un miroir et qu'elle mange une pomme ; elle verra alors l'image spectrale de son futur mari dans le miroir comme s'il se penchait au-dessus de son épaule. Et si elle est assez courageuse, elle ira dans un cimetière et en fera le tour complet douze fois ; elle rencontrera alors le double lui-même. Selon une autre croyance, celui qui veut savoir qui va mourir dans l'année doit se tenir près de la porte de l'église le 24 avril, la veille de la Saint-Marc. À minuit, les doubles fantomatiques de tous ceux qui décéderont entreront dans l'église en une procession solennelle. Si l'observateur se reconnaît parmi les doubles, il sait que son temps est près d'être passé. La croyance au double peut être une des raisons de la coutume qui veut qu'autrefois les miroirs fussent couverts lorsqu'un décès advenait. C'était pour que l'âme du mort n'emporte pas dans l'au-delà le double d'une personne venant à passer devant la glace.
Témoignages sur le phénomène paranormal
Maupassant a relaté sa propre confrontation avec son Doppelgänger dans une nouvelle intitulée Lui.
Percy Bysshe Shelley (l'époux de Mary Shelley) affirme avoir rencontré son Doppelgänger comme un pressentiment de sa propre mort. La reine Élisabeth Ire d'Angleterre rapporte avoir vu une vision sur son lit de mort juste avant de mourir. Selon une autre version, « la reine Élisabeth agonisante aurait été vue par une dame de la Cour dans une partie éloignée du palais ».
Quand Catherine II de Russie vit son double, elle ordonna à ses soldats de tirer sur son image pour ne prendre aucun risque.
John Donne, le poète métaphysique anglais, aurait vu le Doppelgänger de sa femme à Paris, présage de la mort de ses filles à naître. Robert Dale Owen nous rapporte le cas singulier d'Émilie Sagée. Cette anecdote lui a été racontée par Julie von Güldenstubbe, une aristocrate lituanienne. Güldenstubbe relate que dans les années 1845-46, à l'âge de 13 ans, elle fut témoin avec d'autres enfants du phénomène de bilocation de son professeur de français Émilie Sagée (alors âgée de 32 ans). Cela eut lieu en pleine lumière dans l'école (le pensionnat de Neuwelcke). Le Doppelgänger du professeur de français fit les choses suivantes :
imiter quelqu'un qui écrit et mange mais sans rien dans les mains
bouger indépendamment d'Émilie Sagée et rester sans bouger pendant qu'elle se déplaçait
apparaître en pleine santé alors qu'Émilie Sagée était gravement malade.
(source : wikipedia)
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